Les deux derniers otages algériens au Mali, Mourad Guessas et Kedour Miloudi, ont été relâchés par leurs ravisseurs, membres du groupe terroriste Mujao, samedi 30 août, après plus de 800 jours de captivité. Les circonstances et les conditions de leur libération n’ont pas été divulguées dans les détails par le ministère des Affaires étrangères, qui ne semble pas vouloir communiquer à ce sujet. Contacté par nos soins ce dimanche, le ministère n’a ainsi pas répondu à nos questions. Rien d’étonnant pour Rachid Tlemçani, enseignant-chercheur à la faculté de sciences politiques à Alger. Ce politologue ne voit pas dans cette double libération une victoire de la diplomatie algérienne. Entretien.

Propos recueillis par Djamila Ould Khettab

Selon vous, l’Algérie, qui refuse officiellement de payer des rançons, a-t-elle monnayé la libération de ces deux derniers otages vivants au Mali ?

Tous les Etats payent une rançon pour faire libérer leurs otages, d’une manière directe ou indirecte. L’un des cas les plus connus est celui de la France, qui assume cette position. Seuls les Etats terroristes, comme Israël, refusent de payer.

La libération des otages est-elle une victoire de la diplomatie algérienne ?

En aucun cas. Remontant à la prise d’otage [ndlr le 6 avril 2012 à Goa], qui est en soi un symbole de l’échec cuisant de la politique de l’Algérie en Afrique. En plus de cela, deux otages sont morts durant leur captivité. Contrairement à ce qui peut être raconté ça et là dans la presse, l’Algérie n’est pas si influente au Sahel. Elle est aidée par des puissances étrangères, les Etats-Unis et la France notamment. En réalité, il n’y a rien de concret, la diplomatie algérienne en Afrique c’est du vent !

Les négociations entre l’Algérie et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ont donc duré plus de 2 ans. Est-ce long ?

C’est énorme ! Les otages ont été retenus dans des conditions atroces, au beau milieu du désert du Sahara. Ils ont vécu l’enfer durant ces deux années. La durée de leur captivité est une preuve de l’échec de la diplomatie algérienne en Afrique. On dit avoir des diplomates chevronnés en Afrique mais finalement on ne les a pas vus. Si l’Algérie avait vraiment une diplomatie puissante dans la région, les négociations pour la libération des otages auraient abouti du jour au lendemain.

Mourad Guessas et Kedour Miloudi ont été libérés quelques jours seulement avant la reprise du dialogue inter-malien à Alger. Y-a-t-il un rapport entre les deux événements d’après vous ?

Nos otages ont été utilisés par leurs ravisseurs comme une marchandise. Un marchandage qui a duré deux ans ! On ne connaît pas encore les dessous des pourparlers autour de ce dossier. Mais, oui, il y a un lien entre la libération de ces deux diplomates et les retrouvailles des différentes parties maliennes à Alger. Des négociations, c’est toujours du donnant-donnant. Reste à déterminer le lien exact entre ces deux événements.