Je lis régulièrement sur les réseaux sociaux et dans la presse les réactions des uns et des autres sur la Palestine. C’est vrai que ce sont des actes horribles, inacceptables et inhumains. Cependant, et à aucun moment, je n’ai jamais lu une autocritique ou assisté à une manifestation contre les pays arabes complices et silencieux.

Je reconnais que je n’ai pas de solution à court terme. Existe-t-elle ? Ce que je crois, c’est que les solutions à moyen terme existent même si elles sont dures à accepter et à faire accepter.

Le peuple palestinien ne peut compter que sur lui même, exactement comme les Irakiens, les Syriens, et les Libyens ne comptent aujourd’hui que sur eux mêmes. L’Algérie n’a-t-elle pas compté que sur elle-même en 1962 et en 1991 ? Là est la réalité amère ! Pourquoi ? C’est simplement parce que notre « Oumma », notre communauté n’existe désormais que dans les livres. La ligue arabe est devenue une coquille vide servant seulement à donner une bonne conscience aux chefs d’États arabes démunis et impuissants. La somme de vingt deux pays faibles ne donne pas une institution forte. Nous n’avons pas encore identifié les éléments qui nous fédèrent. Pire, la religion, le dernier maillon unificateur, ne nous fédère plus. Notre avis ne compte ni pour les Etats-Unis, ni pour les Européens, ni pour personne au final. Les BRICS ont d’autres « chats à fouetter ». Nous sommes faibles et personne d’entre nous ne semble l’accepter et par conséquent peu réagissent.  La solution à court-terme passe par la remise en cause collective.  Nous devons la trouver « en nous » et arrêter d’être constamment dans la victimisation.

Aussi, me semble-t-il que les nations arabes doivent réinventer leur modèle de société pour allier « religion, liberté notamment celle de la femme, système de gouvernance et économie » sans pour autant copier aveuglément les modèles existants. N’avons nous pas déjà été une grande civilisation ? Nous avons apporté  auparavant de la richesse et du savoir à l’humanité : médecine, astronomie, mathématiques, philosophie, etc. Nous ne jouons plus ce rôle depuis trop longtemps. A contrario, un prix Nobel sur quatre est décerné à un juif sachant qu’ils ne représentent seulement que 0,2% de l’humanité.

Ceci n’est pas le résultat du hasard ou de la génétique mais bien le résultat de leur conviction sur l’importance de l’éducation de leurs enfants.

De plus, la loi du plus fort semble encore se vérifier aujourd’hui. Quel palestinien normalement constitué peut rester vivre dans la bande de Gaza ? La vérité est qu’une minorité reste car elle n’a pas le choix. Les autres sont déjà partis de peur de voir leur famille mourir devant leurs yeux. Si le rapport de force ne change pas rapidement, il me semble inéluctable que dans 50 ans, les palestiniens seraient comme les indiens d’Amériques, la Palestine comme un musée, une réserve, un souvenir accepté par tous et déjà implicitement acceptés par les pays arabes et occidentaux. C’est triste, injuste, mais c’est pourtant l’histoire qui se déroule sous nos yeux sans que rien ne la perturbe.

Par ailleurs, ce qui me rend le plus triste ce sont les « arabes » de France qui se réveillent maintenant se rendant compte qu’ils ne comptent pas. Ils n’ont jamais compté alors qu’ils représentent 13% de la population française et que les nombreux socialistes d’origine maghrébine se sentent trahis. Sarkozy l’avait dit en 2012 : « les arabes de France sont incapables de parler d’une seule voix ». C’est toujours le cas en 2014. Sera-t-il le cas encore en 2017 ?

En réalité, nous n’avons désormais plus d’excuses : celles et ceux qui veulent peser sur la future orientation de la France, leur pays, et notamment sur ce conflit, ont aujourd’hui une opportunité unique. En effet, nous représentons une taille critique, nous sommes instruits parfois dans les plus grandes institutions mondiales à l’inverse de nos parents, des leaders existent avec des parcours internationaux et reconnus par leurs pairs. Il tient qu’à nous de leur faire confiance et de s’unir autour de nos batailles communes.

Si l’on pense que le boycott est une solution alors nous n’avons pas compris comment l’économie mondiale fonctionne. A mon sens la solution durable est l’éducation de nos enfants, comme celle des juifs. Je les respecte notamment pour leur sacrifice et pour leur abnégation afin de permettre à leurs enfants, partout dans le monde, d’emprunter les bancs des meilleures écoles. Leur entraide est si efficace qu’elle rend jaloux. J’insiste sur la notion  « d’entraide » que j’oppose à celle de « l’assistanat » qui est si répandue chez nous, que ce soit au nord comme au sud de la Méditerranée.  Le social n’aide pas, au contraire, il entretient parfois le mal. L’éducation couplée à l’évolution des sociétés arabes (liberté, gouvernance, émancipation de la femme, économie, etc.) seront certainement une réponse à la fin du déclin arabe.

Enfin, il est des temps où chacun doit se remettre en question pour un changement en étant conscient qu’il interviendra à minima dans une génération. Chacun doit mener sa famille par l’exemple. Cela parait si simple, mais ce sont souvent les choses simples qui sont les plus compliquées à réaliser.

cristalisation de l'echec du monde arabe

Kamel Haddar est un franco-algérien issu des parcours d’excellence français. Il est le directeur général du cabinet de conseil en stratégie Origin Partners. Il est également le co-fondateur d’ATLAS (Algerian Talents and Leaders Association).

 

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