Nous, habitants de la ville de Benisaf [wilaya d’Aïn Témouchent, extrême Est du pays, ndlr], adressons cette lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre, pour lui demander de mettre fin à l’extraction mafieuse du sable de notre port. Nous enjoignons donc les plus hautes autorités de l’Etat à prendre toutes les mesures coercitives utiles et nécessaires pour sauvegarder ce site clé dans l’écologie et la biologie marine de nos côtes, ainsi que son littoral qui est en train de subir des transformations aux conséquences désastreuses et incontrôlables.

Les récentes intempéries ont eu des répercussions bien réelles : affaissement de terrains, destruction d’habitations et multiples déformations de la plage du Puits par la force des vagues. Ces dernières ont entraîné un rétrécissement anormal, inquiétant et dangereux de la bande de sable au niveau de cette même plage du Puits, qui est en train de prendre une nouvelle forme à cause de la disparition du sable. Bientôt les plages de Benisaf (le Puits et Sidi Boucif) n’auront plus un seul grain de sable et seront intégralement recouvertes de galets. Les calamités à venir seront d’une ampleur telle qu’elles risquent de défigurer à jamais le littoral actuel.

L’ensablement de la plage s’est réduit de façon draconienne : 200m sont désormais dépourvus de sable à chaque extrémité de la plage du Puits. Les opérations de dragage en cours sur une partie de la plage et du port perturbent forcement l’équilibre naturel, et par conséquent ont un impact néfaste direct sur le littoral. Or, c’est un calcul économique perdant puisque l’exploitation touristique du site rapporte davantage que la vente de sable.

Des études réalisées ailleurs dans le monde ont permis de démontrer les modifications fâcheuses engendrées par l’extraction du sable à des fins commerciales. Ce sont notamment les exemples des plages libanaises, ivoiriennes et burkinabées. Des relevés scientifiques ont démontré que l’extraction du sable -pour ne laisser que les galets- perturbe l’écosystème. Or, c’est exactement ce qui est en train de se produire en ce moment à la plage de Benisaf.

Le port de pêche de la ville était dans les années 1970 un port commercial important. L’accumulation de sable au fond du port formait certes un goulot d’étranglement, à tel point que parfois les gros bateaux et les chalutiers avaient du mal à circuler, mais l’activité économique se maintenait tant bien que mal. Un engin venait simplement draguer, désenvaser, curer et racler le fond pour que la profondeur navigable soit toujours d’au moins 10 mètres. Le sable était ensuite largué au large et le dragage s’effectuait toujours de la sorte. Jusqu’à la disparition et le non remplacement du bateau de dragage.

La nouvelle formule d’extraction du sable des ports et des lits de rivières est devenue une exploitation économique mercantile par une véritable mafia du sable. Au détriment de l’équilibre écologique et de l’activité balnéaire. Non seulement le sable est un élément indispensable à la protection du littoral, mais il préserve également les cabanons du bord de mer des assauts de la houle venue du large.

Les conséquences des extractions sauvages sont souvent graves : disparition de plages à certains endroits, défiguration des paysages, salinisation des nappes phréatiques. De plus, les mesures légales sont souvent inopérantes car les gains potentiels sont tellement importants qu’il est facile de corrompre les officiels chargés de les appliquer.

Le sable provenant du dragage du port de Benisaf devrait être évacué vers le large, afin de sauvegarder notre littoral et laisser le cycle marin se dérouler naturellement. Les intempéries de la semaine du 20 au 26 janvier 2013 ont révélé que la plage du Puits souffrait d’un déficit de sable tel que la bande séparant la mer des cabanons s’est rétrécie lamentablement et une bonne partie des extrémités de la plage s’en trouve dépourvue.

Alors, de grâce, que le cri des citoyens Benisafien aux premiers responsables des domaines maritimes fasse cesser ce trafic de sable. Il est en train de se commercialiser en dehors de toute réglementation normative, au détriment de l’art naturel et de l’utilité écologique du site. L’APC de Benisaf n’est au courant de rien et se trouve bien démunie face à ces charognards du sable.

Ceci n’est qu’une lettre ouverte alarmante. Un cri de détresse contre des mauvaises pratiques entreprises pour seulement quelques dinars. Un cri citoyen pour l’environnement et la survie d’une station balnéaire. Nous vous interpellons pour que le droit s’applique et que s’arrête le massacre écologique.

Les habitants de BENISAF

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