Tizi Ouzou est une des wilayas les plus touchées par la propagation de la fièvre aphteuse. Alors que la panique a gagné la population locale, les vétérinaires de la wilaya font face, tant bien que mal, à la demande pressante des éleveurs locaux. Nous nous sommes rendus sur place pour voir comment éleveurs et vétérinaires tentent d’endiguer l’épidémie.

Dans la wilaya de Tizi Ouzou, presque tous les villageois possèdent au moins un ou deux bovins ou ovins. L’élevage est une activité très répandue, notamment dans les zones semi montagneuses. L’annonce de la découverte des premiers cas de fièvre aphteuse dans cette wilaya s’est donc répandue comme une traînée de poudre. Éleveurs et villageois sont désormais sur le qui-vive.

« J’ai vacciné mes vaches durant l’année en cours, mais de crainte d’une contagion, je préfère les confiner dans l’étable. L’ancien vaccin n’est pas efficace, et le nouveau, qui est efficace contre cette grippe aphteuse, n’est pas encore arrivé. J’appelle tout les jours le vétérinaire mais rien n’est encore arrivé, contrairement à ce que laissaient croire les autorités durant les premiers jours de l’apparition de ce virus », nous confie Amar, un éleveur de la localité d’Ath Jennad. Celui-ci préfère laisser ses vaches dans l’étable, malgré la chaleur suffocante qui règne à l’intérieur, plutôt que de prendre le risque qu’elles contractent le virus de la fièvre aphteuse. Un virus qui pourrait décimer tout le cheptel d’Amar, composé de 9 vaches laitières et de 3 veaux. « Cette activité est mon seul gagne-pain. Je dois impérativement faire attention, car si mes vaches sont atteintes, je risque de revenir au point zéro », explique encore Amar, qui raconte qu’un éleveur de la localité d’Ath Youcef, dans la daïra d’Aïn El Hammam, a perdu, durant cette semaine, la totalité de son cheptel, soit 26 vaches. La viande de ces vaches a ensuite été bradée à 250 DA le kilo, malgré l’assurance des services vétérinaires de la bonne qualité de la viande.

« Les annonces de l’État concernant la disponibilité du vaccin sont de purs mensonges »

Nous nous rendons ensuite dans le cabinet d’un vétérinaire dans la localité d’Azazga, à 37 km à l’est de Tizi Ouzou. Celui-ci a accepté de nous recevoir sous couvert d’anonymat. « Notre statut ne nous protège même pas. Je risque d’être complètement marginalisé et mis de côté par les services de tutelle si mon nom est dévoilé dans la presse », nous prévient ce vétérinaire. « Les annonces de l’État concernant la disponibilité du vaccin sont de purs mensonges. Il y a d’anciens vaccins contre la fièvre aphteuse, mais ils ne sont plus efficaces, car le virus a muté. Il faut un nouveau vaccin capable d’en venir à bout », nous explique-il d’emblée.

Une vieille femme, accompagnée de son petit fils, entre dans le cabinet. La mine inquiète, elle sollicite le vétérinaire pour qu’il vienne examiner ses brebis, qu’elle soupçonne d’avoir contracté le virus. Elle nous conduit dans un petit village de la commune d’Akerrou, à environs 12 kilomètre d’Azazga. Sur place, le vétérinaire constate que les brebis présentent quelques aphtes dans leurs gueules, qui les empêchent de manger. Mais il ne s’agit heureusement pas de la fièvre aphteuse.

Sur le chemin du retour, le vétérinaire nous raconte comme s’est passé l’opération de vaccination du cheptel contre la fièvre aphteuse lors de son apparition en 1998.  « Nous avons tous répondu à l’appel lancé par la direction de l’agriculture. C’était, pour moi, un devoir national. Durant plus d’un mois, nous avons mobilisé tous nos moyens et travaillé d’arrache-pied pour vacciner tout le cheptel de la wilaya, en un temps record. D’ailleurs c’est notre wilaya qui a terminé l’opération en premier au niveau national. L’État ne nous a absolument rien donné, même pas le gasoil pour ma voiture mobilisée durant un mois. On mangeait des repas froids, sur le terrain. On a fait ça par patriotisme. Au bout de l’opération, nous étions tous fiers d’avoir accompli cette mission avec succès. Nous avons sauvé notre cheptel de la catastrophe », explique-t-il avec fierté. « Je suis prêt à refaire ça aujourd’hui encore si l’État fait appel à nous. Malheureusement, cette fois-ci, il me semble qu’il y a comme un laisser-aller de leur part », se désole-t-il.

Arezki IBERSIENE

Notez cet article