Un rassemblement et une marche pacifique ont eu lieu, ce samedi matin, dans la ville de Tizi Ouzou, pour rendre un dernier hommage à Albert Ebossé, et réclamer que toute la lumière soit faite sur son assassinat.

Malgré un soleil de plomb, et une chaleur insupportable, des dizaines de supporteurs et fans du brillant attaquant camerounais de la JSK ont répondu à l’appel lancé sur les réseaux sociaux. Aux environs de 10 H ce samedi matin, des groupes de jeunes arborant des drapeaux aux couleurs de la JSK commencent à affluer devant le stade du 1er novembre, où le rendez-vous a été donné. Une mine triste s’affiche sur les visages de ces jeunes supporteurs de la JSK.

La foule commence alors à scander des slogans en hommage à leur idole, Albert Ebossé, dont la dépouille doit être enterrée dans la journée dans sa ville natale de Douala, au Cameroun. Une demi-heure avant le début de la marche, une caméra d’une télévision sportive s’approche de la foule. Elle est aussitôt cernée par la foule qui crie des slogans hostiles au pouvoir, et  à « une certaine presse tendancieuse ». « Il y a des charognards sans foi ni loi qui ont profité de la mort de l’un de nos plus valeureux et respectables joueurs, pour tenter de salir la JSK, ses supporteurs, et la région entière », lance, furieux, Hamid, un jeune supporteur venu de Béni Douala.

« Ebossé tué par un policier »

Le rassemblement qui devait être initialement silencieux, s’est transformé en une tribune de dénonciations. Les supporteurs, qui ne veulent pas admettre les causes de la mort d’Albert Ebossé, présentées lundi dernier par le parquet de Tizi Ouzou, criaient des slogans anti-pouvoir : « Pouvoir assassin », « Ebossé Katlou Poulici, Ebossé tué par un policier », « Doula Hegara » et autres. « On ne peux pas croire qu’un supporteur de la JSK a pu faire faire ça. On est déçu quand notre club perd des matchs, mais en arriver à tuer un joueur, ça c’est inimaginable. Un supporteur de la JSK n’aurait jamais pu faire ça », soutient Hakim, un jeune venu des Ouadhia.

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Des dizaines de supporters se sont réunis ce samedi matin devant l’entrée du stade du 1er novembre à Tizi Ouzou pour rendre un dernier hommage à Albert Ebossé. Photo AF

Avant le début de la marche, un vieux supporteur du club phare du Djudjura intervient au milieu des jeunes pour calmer les esprits échauffés. Au bout de quelques minutes, la foule se retrouve devant le portail principal du stade de Tizi Ouzou, pour marquer une minute de silence à la mémoire d’Albert Ebossé. Le brouhaha qui régnait sur place est alors vite absorbé par un silence religieux, de tous les manifestants présents. Un moment d’émotion.

« Le monde entier nous connaît pour notre pacifisme »

Le vieux supporteur aux cheveux grisonnants revient à la charge pour inviter les supporteurs à la vigilance. « Notre prestigieux club est connu dans tout le continent africain. Notre club a fait la fierté du football algérien, et cela dans ses moments les plus sombres. La JSK est adulée par des millions d’Algériens, à qui elle a donné, dans le passé, joie et fierté grâce à ses brillantes participations en compétitions internationales. On a honoré notre pays de la manière la plus digne. On n’a pas besoin de démontrer notre innocence par rapport à ce crime abject, car le monde entier nous connaît pour notre pacifisme », leur souffle-t-il, avant d’être salué par une salve d’applaudissements. « On dit que ce sont de faux supporteurs de la JSK qui ont tué Ebossé. C’est faux ! Ceux qui ont tué Ebossé sont les ennemis de la JSK. On n’a pas de faux supporteurs, les supporteurs de la JSK sont tous des vrais », ajoute-t-il, galvanisant la foule.

La marche démarre aux environs de 11 H. Elle empruntant le boulevard Lamali en direction de la place Matoub Lounès. Les services de sécurité qui accompagnent les marcheurs sont restés discrets au tout début de la manifestation. La procession humaine, qui scande des slogans anti-pouvoir et réclame justice, est visiblement mal encadrée. Arrivés au niveau de la cité du « 20 août », à proximité de théâtre régional Kateb Yacine, les services de la police anti-émeute forment un cordon devant la foule pour les empêcher d’aller plus loin. Les manifestants, déterminés à aller jusqu’au bout de leur action, brisent ce cordon sécuritaire, obligeant les policiers à leur céder le passage. Les forces de l’ordre n’ont pas été tentées de résister, craignant certainement un débordement. Les manifestants ont ainsi marqué une halte devant la nouvelle placette de l’ancienne gare, avant de rejoindre la place Matoub Lounès. Les nombreux supporteurs de la JSK ont alors observé une seconde minute de silence devant la plaque commémorative du chanteur rebelle, Matoub Lounès, qui était, de son vivant, un fervent supporteur des Canaris. Aux environs de 13 H 30, la foule se disperse dans le calme. Le visage d’Albert Ebossé et ses prouesses le ballon au pied sont dans l’esprit de tous.

Arezki IBERSIENE

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