Neuf ans, jour pour jour, se sont écoulés depuis l’adoption par référendum de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.

Dans son discours adressé à la nation le 14  août 2005, soit un mois et demi avant le référendum, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, déclarait : «…Ainsi que je le soulignais il y a un instant, le projet de Charte soumis à votre libre choix est destiné à hâter le retour définitif de la sécurité et de la paix dans notre pays, mais il est destiné aussi à nous mener vers la réconciliation nationale et vers le renforcement de notre cohésion nationale. De ce fait, il se devait également d’apporter des réponses aux drames douloureux que vivent encore des familles algériennes ».

Bouteflika a atteint son objectif, puisque son projet de Charte « a été approuvé à 97,36 % des suffrages exprimés, avec un taux national de Participation de 79,76% » (officiel). Cependant, les objectifs assignés à cette charte ont-ils été atteints ? Si les officiels algériens ne ratent aucune occasion pour clamer leur victoire sur le terrorisme «grâce à la politique de réconciliation du président», les faits, eux, sont têtus. Ils viennent toujours contrarier ce discours officiel triomphaliste et rappeler à ses auteurs une réalité amère qu’ils essaient d’occulter. La sécurité et la paix ne sont pas encore définitivement revenues dans le pays. Nombre d’observateurs affirment même que la situation sécuritaire n’a jamais été aussi dégradée que depuis la mise en application de la Charte en février 2006.

Une semaine seulement avant le jour anniversaire de l’adoption de la Charte, un touriste français a été enlevé par un groupe djihadiste. L’annonce de sa décapitation par ses ravisseurs est intervenue trois jours plus tard. Djound El Khilafa (Soldats du Califat), qui a revendiqué l’assassinat odieux du touriste français, a  fait allégeance, à la même occasion, à Daech (Etat islamique, EI). Ironie de l’histoire ! Le chef de ce groupe djihadiste (Gouri Abdelmalek alias « Khaled Abou Slimane »,  d’après certains médias) est un ancien terroriste, amnistié dans le cadre de la loi sur la concorde civile, ancêtre de la charte pour la paix, adoptée juste après l’arrivée de Bouteflika au pouvoir en 1999.  Ce groupe terroriste, dont l’atrocité n’est plus à démontrer, est jusqu’à présent libre dans la nature. Pas loin qu’hier, deux militaires ont été tués dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès.

Depuis la mise en application de la Charte, d’autres attentats terroristes, non moins spectaculaires, ont ciblé des institutions et sites aussi sensibles que stratégiques. En avril dernier, un convoi de l’armée mobilisé pour sécuriser le déroulement du scrutin présidentiel à l’issue duquel Bouteflika a été « réélu » pour un quatrième mandat, a été attaqué par un groupe terroriste dans la wilaya de Tizi-Ouzou. Une quinzaine de militaires y ont laissé leur vie.

 En avril 2007, des attentats à l’explosif sont perpétrés contre le Palais du gouvernement,  le siège de la division Est de la police judiciaire de Dar El Beïda et la brigade de Gendarmerie nationale de Bab Ezzouar. En novembre 2009, 53 prévenus avaient été condamnés pour leur implication dans ce dernier attentat qui avait fait pas moins de 11 morts et une centaine de blessés.  En décembre de la même année, un double attentat a été perpétré contre le siège du Conseil constitutionnel et celui du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) des Nations Unies.

En janvier 2013, une attaque terroriste suivie d’une prise d’otages a ciblé le site gazier de Tiguentourine (Ain Amenas, grand sud). Une quarantaine d’otages y ont trouvé la mort. La liste ne saurait être exhaustive.

La paix est revenu pour certains, comme c’est le cas de Madani Mezrag, ancien chef de l’armée islamique du salut, reçu et consulté par le chef de cabinet du président autour de la nouvelle mouture de la constitution. Ou, encore Ali Belhadj, ancien n° 2 de l’ex-FIS qui ne rate aucune occasion pour manifester publiquement. Quant à d’autre, à l’instar des familles de disparus, réclament  toujours vérité et justice pour se réconcilier avec eux même d’abord.

Aujourd’hui, 29 septembre 2014, certains célèbrent confortablement le 9e anniversaire de la Charte. D’autres mènent péniblement  l’opération militaire de recherche du corps décapité de la victime et du groupe terroriste auteur du crime barbare, dans les maquis du Djurdjura. D’autres encore,  réclament que justice soit faite. Ils vivent la peur au ventre, horrifiés par la barbarie du terrorisme djihadiste.

Yacine Omar