À Paris, des retraités algériens se battent pour leur droit au logement

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Une trentaine de retraités algériens sont menacés d’expulsion dans le 11e arrondissement de Paris. Ces chibanis (« cheveux blancs »), qui ont travaillé toute leur vie pour la France, ont décidé de se battre pour leur droit au logement.

En juillet 2013, la justice a ordonné l’expulsion des occupants du 73 faubourg Saint Antoine, dans le 11e arrondissement de Paris, à la demande de la Compagnie des immeubles de la Seine, propriétaire des lieux, qui veut récupérer son bien. Mais la gérante, Zakia Ait-Tayed, a oublié d’informer les locataires. Elle a continué à collecter les loyers, sans payer le sien.

Près d’un an après cette décision de justice, l’un des habitants a appris par hasard qu’ils devaient quitter les lieux. Quelques jours après, les policiers sont venus avec un huissier. Un courrier officiel a suivi, indiquant qu’à défaut de départ spontané, les locataires s’exposaient à être expulsés sous quelques semaines.

Les chibanis décidés à se battre pour leur droit au logement

Dès qu’ils ont appris l’ordre d’expulsion, les habitants ont contacté le Droit au logement (DAL), qui s’est saisi du dossier. Comme l’explique Jean-Baptiste Eyraud, militant historique du DAL, au quotidien français Libération : « Si la préfecture exécutait sa décision, elle serait dans l’illégalité. Ces gens sont locataires et il ne peut y avoir d’expulsion sans jugement nominatif ».

La mairie de Paris est également intervenue. « On a pris contact avec la Préfecture de police pour qu’elle sursoit à l’évacuation », a déclaré à l’AFP Ian Brossat, adjoint au logement à la mairie de Paris. La mairie envisage de proposer au propriétaire d’acheter l’immeuble pour le transformer en résidence sociale.

La préfecture, saisie d’une demande de « concours de la force publique », a de son côté indiqué que « le dossier fait l’objet d’une instruction très attentive ». Mais rien n’a pour le moment été décidé.

Ce logement précaire est le seul que les chibanis peuvent se payer

Si le combat des chibanis du faubourg Saint Antoine est tant médiatisé, c’est parce qu’il est inhabituel. La plupart du temps, les habitants de ces hôtels précaires sont en situation illégale et souhaitent donc rester éloignés des caméras.

Les chibanis, eux, sont en règle. Venus en France dans les années 60 pour travailler, ils disposent tous d’une carte de séjour et payent leur loyer chaque mois sans faute (un loyer qui varie entre 250 et 480 euros par mois).

Originaires de l’Algérie et du Maroc, ils sont aujourd’hui âgés de 55 à 80 ans. Certains habitent l’immeuble depuis quarante ans. Malgré l’exiguïté des lieux, l’absence de douche et la présence de nombreux cafards, ils tiennent au logement qu’ils risquent de perdre. Car pour ces retraités sans le sous, le logement est la seule assurance d’une vie décente. « Si t’as pas d’adresse, t’as plus rien. T’as pas de parole, t’es foutu. Pour refaire ton titre de séjour, pour tout », explique ainsi Youcef Ferkous, 71 ans, à l’Agence France Presse.

L’association ADRA se mobilise pour les chibanis

Une situation de grande instabilité qu’a dénoncée l’association Algériens des deux rives et leurs amis (ADRA) dans un communiqué. « Épuisés par une vie professionnelle physique et ardue, beaucoup de ces retraités se trouvent malades et finissent par sombrer dans la solitude et la dépression », indique l’association dans son communiqué.

ADRA appelle donc « tous les responsables politiques en France » à reconnaître le droit à la dignité des chibanis algériens, et à trouver une solution de relogement « dans les plus brefs délais ». Elle interpelle également « les pouvoirs publics Algériens », afin qu’ils renforcent les accords de coopération avec la France « pour trouver des solutions durables pour mettre fin à de telles situations ».