La police a empêché la tenue d’un rassemblement de protestation organisé par le Syndicat national autonome des postiers (SNAP), ce matin devant le siège du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale (quartier Belcourt, Alger).

Par ce sit-in, qui devait se tenir entre 10h et midi, le SNAP entendait dénoncer « les  entraves à l’exercice des libertés syndicales et les licenciements abusifs et arbitraires des leaders syndicaux ». Or ses représentants, ainsi que des syndicalistes appartenant à d’autres organisations, venus afficher leur soutien aux postiers, n’ont même pas eu l’occasion de s’approcher de l’entrée de cette institution, a-t-on constaté sur place. Tout  syndicaliste tentant de s’y rendre est vite repéré et immédiatement neutralisé par un policier. Priés de quitter les lieux, les manifestants obtempèrent sans montrer la moindre résistance. « Nous sommes venus manifester pacifiquement. C’est dans cet esprit que nous n’avons pas voulu entrer dans un bras de fer contre les agents des services de l’ordre», explique Mourad Nekkache, président du SNAP, licencié en août dernier.

Cependant, une délégation du syndicat a été reçue par le directeur des relations de travail du ministère. La réunion a porté sur la revendication relative à la délivrance du récépissé d’enregistrement du dossier de constitution du SNAP, que les syndicalistes attendent depuis maintenant deux longues années. M. Nekkache se dit toutefois « déçu et pas du tout convaincu par les explications avancées par le DRT [Directeur des relations de travail, ndlr] pour justifier ce retard inadmissible ». « Il a tenté d’expliquer ce retard par des lenteurs administratives et autres contraintes. Ses arguments ne tiennent pas la route. C’est de la langue de bois », explique le président du SNAP, qui estime que ce « blocage » n’est qu’ « un autre bâton dans les roue du syndicat ».

Malgré le sit-in avorté, les organisateurs estiment que c’est une réussite. « Premièrement, parce qu’il a permis de prouver, encore une fois, que l’Etat algérien ne respecte toujours pas le droit des citoyens à manifester pacifiquement.  En second lieu, le SNAP a réussi à briser le mur de la peur chez les travailleurs du secteur », explique Tarek Ammar Khodja, porte-parole de l’organisation, lui aussi licencié.  Il en veut pour preuve « le nombre important de postiers qui ont fait le déplacement depuis différentes wilayas du pays, comme M’sila et Annaba ».

Les initiateurs se sont également réjouis de la présence de leurs camarades du Cnapest  (Conseil national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique) et du Snapap (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), ainsi que de nombreux autres soutiens qui leur sont parvenus de beaucoup d’autres syndicats et organisations de défense des droits de l’homme.

Contactée pour connaître la raison de cette interdiction, la cellule de communication de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) nous a renvoyés vers le commissariat central d’Alger-centre. Joint sur le numéro fourni par son collègue de la DGSN, le standardiste de « la centrale » nous demande de rester en ligne. Au bout de longues minutes d’attente, personne ne répond, puis nous sommes finalement déconnectés. Quant au ministère du Travail, le standard sonnait dans le vide.

Yacine Omar

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