Le dénuement a contraint une mère de famille à suspendre la scolarité de ses cinq enfants dans la wilaya de Skikda (nord-est du pays). Mme Rih, résidente de la commune de Ramdane Djamel dans la wilaya de Skikda, a pris sa décision « après avoir frappé désespérément à toutes les portes » pour qu’on l’aide à faire face aux charges relatives à la scolarisation de ses cinq « bons » élèves (selon les bulletins de notes consultés par nos confrères d’El Khabar, leurs moyennes se situent entre 13 et 15/20).

Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. Des milliers d’écoliers, sur tout le territoire national, se trouvent dans la même situation que les enfants de la famille Rih. La seule différence, c’est que la mère de ces derniers a eu le courage de médiatiser leur cas. Beaucoup d’autres parents d’élèves vivent la même situation en silence, loin des projecteurs.

Nul besoin d’une étude pour s’en rendre compte. Une simple opération arithmétique suffit à rendre compte du nombre élevé d’élèves issus de « familles nécessiteuses ». D’après le président de la Fédération nationale des associations des parents d’élèves (FNAPE), pas moins de 9 milliards de dinars sont attribués cette année aux élèves démunis à travers la prime de scolarité de 3 000 DA « décidée par le président de la République ». Le calcul permet de déduire ainsi que près de la moitié des élèves sont démunis. Trois millions, sur un total d’un peu plus de huit millions d’écoliers. Cela dit, cette prime permet à peine aux parents d’acheter à leur enfant un cartable ou un sac à dos (entre 800DA et 3000DA), un tablier (entre 500DA et 1500DA) et quelques fournitures et articles scolaires. Elle est largement en dessous du coût de la rentrée scolaire d’un seul élève.

Trois millions de « Rih(s) » en Algérie

La FNAPE, réputée pour sa complaisance envers les pouvoirs publics, ne cesse de réclamer, depuis quelques années déjà, l’augmentation de a prime de scolarité à 8 000 DA. Cela renseigne bien sur le désarroi dans lequel se trouvent les millions de parents d’élèves démunis, établis dans toutes les wilayas du pays, notamment dans les régions reculées de l’intérieur.

Une autre statistique officielle est éloquente : le nombre de couffins de Ramadhan distribués aux familles nécessiteuses. Ce chiffre démontre en effet que le nombre d’enfants issus de familles démunies dépasse de loin les trois millions. La ministre du secteur a avancé que près de 2 millions de couffins (1 932 000 plus précisément) ont été distribués durant le dernier mois sacré. Ce chiffre renvoie évidemment, et de manière « officielle », au nombre de familles nécessiteuses. Pour une moyenne de trois enfants scolarisés issus de chacune de ces familles dans le besoin, le nombre d’élèves démunis serait d’environ 6 millions. C’est dire combien de « Rih(s) » existent dans l’Algérie de 2014.

Les familles inéligibles à la prime de scolarité également touchées par la baisse du pouvoir d’achat

En confrontant les deux membres de l’équation, on peut donc affirmer qu’environ trois millions d’élèves (eu égard à l’enveloppe consacrée à la prime de scolarité), issus de près de deux millions de familles (compte-tenu des chiffres du Ministère de la Solidarité), évoluent dans des conditions de scolarité indécentes. Et ce n’est pas tout. Car la prime de scolarité est destinée uniquement aux élèves dont le tuteur perçoit un salaire inférieur à 8 000 DA.

A ces 3 millions d’écoliers nécessiteux, on peut ajouter également ceux dont les parents ont un salaire supérieur au seuil requis pour pouvoir prétendre aux 3 000 DA de prime de scolarité. Leur portefeuille, déjà épuisé par les dépenses du mois de Ramadhan, de l’Aïd, et des fêtes familiales qui les dépouillent tout au long de l’été, ces parents salariés, exclus de la prime de scolarité, se trouvent dans l’incapacité de subvenir financièrement aux besoins inhérents à la scolarité de leurs enfants. L’érosion du pouvoir d’achat induite par la hausse des prix des fournitures, articles et manuels scolaires, enfonce donc un peu plus de familles à chaque rentrée.

Yacine Omar