Béjaïa suffoque

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La coquette ville de Béjaïa attire des millions d’estivants chaque été. Ils viennent de toutes les villes du pays, mais aussi de l’étranger. Les plages aux sables dorés de la ville, et les magnifiques coins touristiques qui caractérisent cette wilaya du pays sont de parfaits endroits pour passer ses vacances en toute quiétude. Les habitants de cette ville accueillante sont également connus pour leur hospitalité. Mais tous les plaisirs que peut offrir Dame nature dans ce magnifique coin d’Algérie peuvent être gâchés, d’un revers de mains, par les énormes embouteillages qui étouffent la ville.

Le cauchemar, qui hante les habitants de cette ville et les touristes qui viennent de partout, depuis ces dernières années, ce sont les embouteillages monstres qui se forment sur pratiquement tous les axes routiers de la wilaya de Béjaïa. Il est devenu quasiment impossible de circuler en voiture, dans la ville de Béjaïa à certaines heures de la journée, durant la saison estivale. Les bouchons automobiles étouffent la ville de Bougie, et rendent la circulation infernale pour les usagers des transports. Dans quasiment toutes les artères qui longent la capitale des Hammadite, des files interminables de voitures et de camions se disputent le moindre espace sur la chaussée. Il faut parfois des heures entières, sous une chaleur de plomb, pour traverser la ville en voiture. Ce qui rend le quotidien des habitants de Béjaïa vraiment insupportable. «J’utilise rarement ma voiture quand j’ai des trucs à régler ici à Bougie. Je préfère faire une ou deux heures de marche dans la ville, à pied, que de venir ici avec ma voiture. Parfois on reste bloqué durant plus de trois heures dans les bouchons. Et en plus, il faut vraiment être chanceux pour retrouver une place où stationner la voiture. La ville étouffe, il y a beaucoup de voitures, beaucoup de camions qui transitent par notre ville, mais l’état n’a jamais pensé à trouver des solutions pour venir à bout de ce problème. On souffre le martyr», témoigne Hamid, un habitant de Béjaïa, rencontré place Gueydon.

Des kilomètres de bouchons

Ce cas ne se limite pas seulement à la ville, mais s’étend sur les plus importants axes routiers qui traversent la wilaya de Béjaïa. La ville d’Akbou possède la triste réputation d’être un véritable point noir de la circulation automobile. Cette ville située du coté sud-ouest de la ville de Bougie est surtout connue pour son immense zone industrielle située à Taharacht. C’est l’une des plus grandes et plus actives au niveau national. La route nationale numéro 26, qui traverse ce poumon industriel, est tout le temps saturée. Il faut parfois plus de trois heures pour traverser cette localité. Les industriels, qui se sont établis dans cette zone, sont perplexes. Bien que leurs unités créent beaucoup de richesses et surtout des milliers d’emplois, ils souffrent tout autant que les usagers de cette route. «Nos camions passent des heures entières dans cet embouteillage. Cette route est tout le temps fermée. Nos pertes sont énormes. On ne demande pas à l’État de nous aider, mais on leurs demande de ne pas nous bloquer. Car quand on sait la valeur d’une zone industrielle pareille, normalement on ne laisse pas une situation pareille. On est méprisé par l’État. C’est une injustice flagrante. On ne laisse pas un fleuron pareil dans un état de délabrement pareil», lance un industriel de la région, préférant garder l’anonymat. La livraison de pénétrantes, qui reliera cette route à l’autoroute est-ouest, n’est certainement pas pour demain. Les usagers de cette route n’ont d’autre choix que de prendre leur mal en patience.

La route nationale numéro 9, du côté est de la ville de Béjaïa, qui va vers les villes de Souk El Tenine et les gorges de Kheratta, est bouchée en permanence pour un énorme embouteillage, notamment au niveau de la ville de Souk El Tennine. Cette magnifique ville balnéaire, située à l’est de la ville de Béjaïa, et qui attire des milliers de touristes par jours, se retrouve embourbée dans un inextricable embouteillage. Les milliers d’automobilistes et de camions qui empruntent cette route nationale sont obligés de passer par les petites ruelles du centre ville. Ce qui bloque carrément la circulation durant de longues heures de la journée. Cet état de fait, insupportable, rend ces usagers de cet axe routier hors d’eux. « c’est la même route depuis l’indépendance du pays. Pourtant, nos autorités savent que l’affluence automobile sur cet axe routier est très dense, notamment en saison estivale.  Et c’est le cas également durant tout le reste de l’année, car il y a, à proximité, le port de Béjaïa, par où passent des dizaines, voir des centaines de camions par jour. Rien n’a été fait par l’État pour soulager la souffrance des usagers de cette route. Nous sommes lésés et oubliés par l’État. Pour rentrer de la ville de Béjaïa jusqu’ici, on fait deux, voir trois heures dans les embouteillages. C’est aberrant !», lance Djaffar, un habitant de la localité de Souk El Tenine.

Du coté est de la wilaya, sur la route nationale numéro 24 qui mène vers Tizi Ouzou via Azeffoun, les embouteillages sont moins gigantesques, mais les usagers de cette route ne voyagent toutefois pas complètement sereinement. L’état de délabrement de cette route est frappant. Par endroit, les traces des affaissements de terrains sont énormes. Irrégulière et impraticable, la chaussée se transforme à certains passages en marches d’escaliers.

Triste constat dans une ville, qui a le potentiel pour devenir un poumon industriel et une grande destination touristique en Algérie.

Arezki IBERSIENE