L’écrivain-journaliste Kamel Daoud vient d’être présélectionné pour les prix littéraires Goncourt et Renaudot. Une récompense pour l’auteur, qui a voulu offrir dans Meursault contre-enquête,un contre-champ au célèbre roman d’Albert Camus. 

Le pari était risqué. Réécrire le célèbre roman d’Albert Camus avec un autre angle de vue. Dans L’Etranger, Meursault tue un Arabe sur une plage d’Alger. Mais c’est à peine si la victime est évoquée lors de son procès.

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Plus de 70 ans après la publication de L’Etranger, le journaliste, écrivain et chroniqueur pour Algérie-Focus, Kamel Daoud s’est saisi de cette part d’ombre du roman pour proposer une histoire du point de vue de Haroun, frère de Moussa, « l’Arabe » tué sur une plage d’Alger un beau jour d’été à 14 H dans l’histoire d’Albert Camus.

Il faut croire que Kamel Daoud a remporté son pari. Salué par la critique en Algérie et France à sa sortie, Meursault contre-enquête a également plu au jury du prestigieux prix littéraire Goncourt. Le roman de Kamel Daoud fait partie de la première sélection du Goncourt 2014, a-t-on appris ce jeudi. Il y a quelques jours, Kamel Daoud découvrait que son oeuvre était retenu dans la sélection du prix Renaudot.

Joint par téléphone ce jeudi, l’écrivain se dit très heureux de cette double sélection pour des prix aussi renommés. « Je m’attendais à une part de rejet en France, mais ça n’a pas été le cas, les critiques ont été très positives », réagit-il. « C’est une deuxième vie qui commence pour le roman ! », s’enthousiasme-t-il. Sorti l’année dernière, Meursault contre-enquête a été réédité cette année par Acte Sud.

Si le nom de Camus n’est pas cité une seule fois dans le livre, l’ombre du romancier plane sur chacune de ces lignes. Références explicites, citations : Kamel Daoud reprend des éléments de L’Etranger pour mieux les détourner. Mais il refuse le qualificatif de « relecture ». « Meursault contre-enquête n’est pas une réponse à Camus. Il n’y a pas d’esprit polémique dans ce livre. Si j’avais voulu délivrer un message, j’aurai écrit un essai », argumente-t-il. Pourtant, en adoptant le point de vue de « l’indigène », dont l’identité est si souvent niée dans les romans de Camus, Kamel Daoud ne peut que pousser le lecteur à s’interroger. « Je suis conscient qu’on n’échappe pas à l’histoire et à la mémoire, et que mon roman sera sujet à interprétations. Mais je maintiens mon propos : mon livre n’est pas un procès fait à Camus, c’est une histoire ».

Né dans une famille où personne ne savait lire, Kamel Daoud est le seul à avoir reçu une éducation. C’est par ces lectures qu’il s’est approprié la langue française, et notamment grâce aux œuvres d’Albert Camus. S’il n’est pas le premier algérien sélectionné pour ces deux prix, encore aucun n’a reçu le précieux sésame. Seul Salim Bachi avait obtenu le Prix Goncourt du premier roman pour Le Chien d’Ulysse en 2001. 13 ans après le sacre de Salim Bachi, Kamel Daoud recevra-t-il le prix Goncourt ? Patience. Les jurés du Goncourt se réuniront le 7 et le 28 octobre pour une deuxième et troisième sélections.

Agnès Nabat