Une « Conférence nationale kabyle » devra avoir lieu demain au village Aït Ouabane, dans la région de Aïn El Hammam (ex-Michelet), wilaya de Tizi-Ouzou, à l’appel du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK). Plusieurs intellectuels et personnalités kabyles ont fait part de leur adhésion à cette initiative, tandis que le FFS et le RCD semblent ne manifester aucun intérêt à l’appel du MAK. 

Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) a appelé « toutes les associations culturelles, sociales, environnementales, les syndicats autonomes, les acteurs politiques et intellectuels kabyles ainsi que les comités de villages et de quartiers »  à une « Conférence nationale kabyle » pour ce vendredi 31 octobre 2014 à 10h, au village Aït Ouabane, relavant de la commune d’Akil, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, peut-on lire dans son appel rendu public depuis plusieurs semaines déjà.

« Tout est prêt pour pour le bon déroulement de ce grand rendez vous avec l’hisoitre », s’enthousiasme Bouaziz Ait Chebib, président du MAK, qui souligne que l’ordre du jour et le programme de cette conférence seront fixés en concertation avec les participants avant l’entame des travaux. Et d’ajouter : « La Kabylie fait face à une campagne d’anéantissement et de stigmatisation sans précédent. Il est donc plus que jamais temps de réunir tous les acteurs kabyles, de quel bord qu’ils soient, autour de la même table pour discuter de la situation alarmante et du devnir de ce bastion des luttes démocratiques et identitaires. Notre amour et notre attachement à la Kabylie exigent de nous de transcender les clivages idéoligiques et partisans et mettre son intérêt au dessus de toute autre considération ».

Soutien de Me Ali Yahia Abdennour et participation de nombreux intellectuels

M. Aït Chebib se réjouit ainsi de « la participation de nombreux intellectuels, universitaires, artistes et acteurs sociaux Kabyles ». C’est le cas, selon lui, de Younes Adli, Kamel Bouamar (écrivains et chercheurs), Belkacem Boukhouf (universitaire), Arezki Abbout et Idir Iouanoughen (militants de la cause identitaire), entre autres. D’autres personnalités, précise-t-il, établies à l’étranger et ne pouvant pas y prendre part nous ont honoré de leur contributions écrites, qui y seront lues et débattues avec les participant. Il s’agit notamment de Sakina Aït Ahmed et de Zira At Habou (écrivaines et chercheuses) ainsi que d’Akli Kbayli (politologue et écrivain). Il se dit également très reconnaissant à l’égard de Me Ali Yahi Abdennour, « qui a apporté son soutien à l’initiative et dont la présence dépendra de son état de santé ce jour-là (demain, ndlr) ».

Le RCD et le FFS ignorent l’initiative du MAK

Le président du MAK souligne, en outre, que des invitations officielles ont été adressées aux chefs des « principaux partis kabyles, à savoir Mohcine Belabbès du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohamed Nebbou du Front des forces socialistes et Karim Tabou de l’Union démocratique et sociale (UDS, pas encore agréé). « Pour le RCD et le FFS, notre secrétaire national aux relations extérieures, Hocine Azem, les a déposées au niveau de leurs instances régionales à Tizi-Ouzou. Quant à M. Tabou, nous l’avons contacté par téléphone et il nous a demandé de la lui envoyer par l’intermédiaire d’une personne qu’il nous a désignée. Chose que nous avons faite bien sûr », affirme-t-il.

Contacté pour avoir la réaction et la réponse réservées par le parti à cette initiative du MAK, le chargé de la communication du RCD, Athmane Mazouz, affirme « ne pas en être au courant ». « Nous n’avons reçu aucune invitation », récuse-t-il tout en soutenant ne pas être au courant de cet appel largement diffusé sur les réseaux sociaux et médiatisé par les sites d’information du MAK car « je suis déconnecté ces derniers temps ».  « Nous soutenons toutes les initiatives s’inscrivant dans la lutte pour la démocratie », nuance toutefois le chargé de la communication du RCD

Même son de cloche chez le secrétaire nationale à la communication du FFS, Youcef Aouchiche. Se refusant à tout commentaire, celui-ci, affirme que « nous n’avons reçu aucune invitation ».

Nos tentatives de joindre Karim Tabou et Me Ali Yahia Abdennour sont restées vaines. Leurs téléphones sonnaient dans le vide.

Aït Ouabane, un village « symbolique »

A noter que le choix de la date et du lieu de la tenue de cette conférence n’est pas fortuit. Intervenant à la veille du 1er novembre, date anniversaire du déclenchement de la guerre de libération, la conférence aura lieu à Aït Ouabane « dont le choix est loin d’être un hasard », soulignent les organisateurs, qui rendent un « grand hommage » à tous les habitants de la région. « Les organisateurs, par ce choix délibéré du village où l’otage français Hervé Gourdel aurait été enlevé puis exécuté, veulent montrer que toute cette affaire relève d’une volonté de ternir l’image révolutionnaire de la Kabylie qui a toujours refusé toutes les tyrannies de quelque nature qu’elle soit, coloniale, identitaire ou religieuse(…) un village hautement symbolique pour la Kabylie du fait qu’il constituait durant la guerre contre le colonialisme français, le QG de Amirouche (colonel de l’ALN et chef de la wilaya III historique pendant la guerre de libération) et qu’il avait également abrité le premier congrès du FFS », explique-t-on encore.

Yacine Omar