Dix nouveaux « champions » pour sauver le secteur public industriel

0
249

Hassan Haddouche

Ça y est, on connait les nouveaux « champions nationaux » du secteur public industriel. Il se trouve malheureusement que la qualité de champion ne se décrète pas.

Cette fois ils seront 10 groupes industriels de branche qui remplaceront les 18 SGP existantes selon un plan qui sera appliqué d’ici la fin de l’année 2014. C’est le résultat d’une décision prise en plein cœur de l’été par le Conseil des Participations de l’Etat, qui est présidé par le Premier ministre. En substance le gouvernement algérien estime désormais que les entreprises publiques algériennes sont d’une taille trop modeste pour affronter la compétition aussi bien sur le marché national que sur les marchés extérieurs .

Un état des lieux accablant

Le premier intérêt des restructurations à répétition du secteur public effectuées depuis près de 30 ans est que cela permet périodiquement de dresser un état des lieux sans concession et en général accablant du secteur public. L’opération en cours ne déroge pas à cette règle. C’est ainsi qu’on apprend, de la bouche même du ministre de l’industrie, M.Abdesselam Bouchouareb, que les entreprises publiques ont absorbé au cours des dernières années (en gros depuis 2009 et dans ce qui est quand même la 4ème vague historique d’opération d’assainissement financier des entreprises publiques) des budgets très importants sans pouvoir développer une véritable assise économique. Ces entreprises étaient dans « un état de déstructuration très avancée » souligne le ministre de l’industrie. Il a fallu lancer un « vaste programme de restructuration de 320 milliards de dinars » (4 milliards de dollars), mais « ce n’était pas assez » et «on a donc décidé un programme de financement supplémentaire de 634 milliards de dinars (8 milliards de dollars)».

Des entreprises publiques trop petites

Le problème est que, toujours selon le ministre de l’industrie, M. Bouchouareb, ces programmes n’ont pas donné de résultat probants ; les entreprises publiques ne parviennent pas à réaliser leur plan de développement, en raison d’une taille inadaptée. Et «seuls 18% de ces financements ont été consommés ». Le ministre de l’industrie explique ces échecs par « une organisation inadaptée » des entreprises, avec l’actuelle formule des SGP. Selon M. Bouchouareb, « seules dix pour cent des entreprises peuvent atteindre un chiffre d’affaires de deux milliards de dinars » (20 millions d’euros). « On a fait tout ce qu’il fallait, sauf dans l’organisation», a-t-il affirmé, ajoutant qu’il faut revoir cette organisation en mettant sur pied des groupes plus grands, pour qu’elles puissent atteindre un « seuil critique » leur permettant d’aller à des partenariats, occuper le marché national et aller à l’international, investir dans la recherche-développement et mener de véritables opérations de marketing. Elles pourront aussi « syndiquer leurs efforts et leurs moyens » .

Le partenariat international, nouvelle bouée de sauvetage.

On pourrait ironiser sur des entreprises jugées hier trop grandes et aujourd’hui trop petites… Il faut cependant rendre cette justice aux autorités algériennes : pour s’assurer que l’opération en cours ne connaîtra pas le même sort que celles qui l’ont précédé,  le nouveau plan de restructuration ne considère pas la taille des entreprises comme le seul levier sur lequel il faut agir. Dans le but de donner une nouvelle crédibilité à cette démarche et sauver le secteur public industriel, le gouvernement pense avoir trouvé la panacée. Depuis quelques années, les responsables du secteur industriel public ne jurent plus que par le partenariat international. Cette nouvelle démarche s’est accélérée depuis 2013 grâce à des alliances industrielles spectaculaires entre des groupes publics algériens et des géants industriels comme Renault, Mercedes Benz, Sanofi ou encore Massey Ferguson. C’est dans le nouveau cadre juridique créé par la LFC 2009 que s’inscrivent désormais des partenariats qui mettent très généreusement à contribution les ressources financières du FNI (créé lui aussi en 2009) et celles des banques publiques. Les derniers exemples en date sont encore dans toutes les mémoires. La « renationalisation » d’El Hadjar s’est accompagnée d’un plan de relance de l’outil industriel qui doit mobiliser près de 700 millions d’euros de ressources qui devraient être fournies pour l’essentiel par la BEA. Hors secteur industriel, mais toujours dans le cadre des «capitaux marchands de l’Etat», le nouveau Djeezy, lui aussi nationalisé partiellement, annonce un programme d’investissement estimé à plus d’1 milliard de dollars dont le financement doit être assuré également par les banques publiques. L’une des principales particularités de l’ensemble de ces partenariats est que bien que l’Etat y soit toujours actionnaire majoritaire, il a systématiquement confié la gestion des joint-ventures ainsi constituées au partenaire étranger en se réservant la possibilité d’intervenir dans les décisions jugées « stratégiques ». Une expérience nouvelle donc et complètement inédite y compris au regard des standards internationaux. Il est bien difficile de prévoir aujourd’hui ce qu’il adviendra de ces « nouvelles EPE » gérées étrangement par General Electric ou le groupe AXA ou dans lesquelles un EPIC sous tutelle du ministère de la Défense est associé à une multinationale allemande .

Appel à la diaspora

Comment s’assurer que l’opération en cours ne connaîtra pas le même sort que celles qui l’ont précédé  ? Le gouvernement algérien compte bien utiliser également un autre levier .Entre rémunérations insuffisantes et pénalisation des actes de gestion, la mauvaise qualité du management des entreprises publiques algériennes est devenue quasiment légendaire . Le gouvernement et M. Bouchouareb affirment qu’il n’y a pas de choix. Ils annoncent leur intention de faire appel à la diaspora algérienne pour introduire de nouveaux modes de gestion. Un « appel aux managers qui vivent à l’étranger », est ainsi lancé, les invitant à « venir saisir leur chance ». Il se traduira bientôt par un « appel à candidatures » en ce sens.

Hassan Haddouche