Les mesures de prévention se multiplient dans les pays occidentaux et d’Afrique du Nord craignant la propagation du virus Ebola. Ce qui a pour effet d’alimenter la peur envers les populations africaines ou originaires du continent noir.

La psychose gagne du terrain face à la propagation du virus Ebola. Aéroport, hôpitaux, écoles, rencontres sportives : la prévention est de mise dans le moindre espace ou lieu public présentant un risque.  Le virus, qui a fait à ce jour plus de 4000 morts et infecté près de 8000 personnes, alimente une actualité de plus en plus anxiogène.

Par « excès de précaution », les Etats-Unis ont fait évacuer d’un bateau de croisière l’employée d’un hôpital texan susceptible d’avoir été en contact avec un patient décédé d’Ebola à Dallas. En France, les passagers du vol Conakry-Paris sont accueillis avec des thermomètres laser pour détecter d’éventuelle fièvre, premier symptôme du virus Ebola. Ne voulant prendre aucun risque de contamination, le Maroc a de son côté demandé le report de la Coupe d’Afrique des Nations qui doit se dérouler dans le royaume chérifien en janvier prochain.

Face à ces nouvelles inquiétantes, la peur enfle dans les pays occidentaux ou d’Afrique du Nord, alimentant un rejet des populations africaines ou d’origine du continent noir. Dans le Huffington Post, une chirurgienne libérienne vivant aux Etats Unis depuis deux ans raconte la réaction d’un de ses patients quand elle lui a révélé son origine. « C’est un patient que je connais bien, je l’ai traité de nombreuses fois. Mais sa réaction de s’éloigner de moi était physique, comme si j’étais en train de le contaminer… Je pense vraiment que les gens sont en train de sur réagir à cette crise » confie cette chirurgienne maxillo-faciale. Le journal américain relève que de nombreux Libériens installés aux Etats Unis se sentent de plus en plus stigmatisés par leur origine, comme si le danger ne s’attachait plus seulement au Liberia, un des pays les plus touché par l’épidémie, mais aux libériens expatriés eux-mêmes.

En réaction à cette stigmatisation dont sont victimes les Libériens ou autres ressortissants africains, la photographe et animatrice de télévision Shoana Clarke Solomon a créé une vidéo dont le message « I am a Liberian, not a virus » circule sur les réseaux sociaux.

Le nouveau président de la commission pour les Droits de l’Homme des Nations Unis Zeid Ra’ad al-Hussein a lui aussi mis en garde la communauté internationale contre le risque de stigmatisation de la population africaine.  « Seule une réponse basée sur le respect des droits humains sera efficace pour repousser l’épidémie », a-t-il dit jeudi lors d’une conférence à Genève. « Nous devons nous méfier du “nous” et “eux”, cette mentalité qui enferme les gens dans une identité de groupe rigide et réduit tous les Africains – ou tous les Africains de l’Ouest, ou un groupe national ou local –  à un stéréotype »

« Il est vital que chaque personne infectée par Ebola soit traité avec dignité et non stigmatisée ou chasser », a-t-il rappelé.