La balance des paiements déjà dans le rouge et le gouvernement qui ne sait que dépenser par Hasssan Haddouche

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Hassan Haddouche Cette fois ça y est, il n’y a plus de suspense. Contrairement à l’année dernière ou l’équilibre avait été sauvé de justesse, la balance des paiements de l’Algérie sera bien déficitaire en 2014. Elle le sera même très largement, beaucoup plus qu’on ne le prévoyait voici encore quelques mois. C’est ce que viennent d’annoncer, en chœur, le FMI et la Banque Mondiale. Fini donc les fameux « satisfecit » délivrés à l’Algérie pour sa bonne santé financière et sa « stabilité macroéconomique ». Le vocabulaire a brutalement changé. L’heure est maintenant à la « vulnérabilité » et aux « risques de dérapage ». Il a suffi d’un retournement du marché pétrolier depuis quelques mois pour que nos équilibres financiers extérieurs virent au rouge.

Il ne s’agit pas vraiment d’une surprise, puisque de nombreux analystes nationaux, bien avant le FMI, annonçaient depuis plusieurs années la fin prochaine des vaches grasses. Une perspective qui ne semble pas émouvoir les autorités algériennes, qui continuent, imperturbablement, de confectionner des programmes d‘investissements publics et des lois de finances basés sur un baril à plus de 100 dollars.

L’éclatante santé financière qui valait à l’Algérie les compliments des institutions financières internationales pour sa « stabilité macroéconomique » semble n’être plus qu’un souvenir. La politique macroéconomique extraordinairement laxiste mise en œuvre par les autorités algériennes depuis l’année 2011 a conduit, en moins de 3 ans, à la disparition complète des excédents financiers de la balance des paiements. On est ainsi passé de 20 milliards de dollars d’excédent en 2011 à 12 milliards en 2012 et, ainsi que l’indiquait la Banque d’Algérie, à une situation de « quasi équilibre » en 2013.

Une dégradation accélérée en 2014

Au cours de l’année 2014, et particulièrement depuis le début de l’été, les évènements se sont encore accélérés : confirmation de la réduction de nos revenus pétroliers en raison de la poursuite de la baisse de nos exportations en volume et, depuis le mois de juin, dégringolade du prix du baril, qui a déjà perdu plus de 20% de sa valeur en 4 mois.

Comme nos importations ont continué à augmenter depuis le début de l’année, les perspectives d’un déficit important de nos paiements courants en 2014 se précisent. L’aspect le plus préoccupant de cette évolution est que le montant de ce déficit est désormais régulièrement réévalué à la hausse et surtout que notre pays semble désormais durablement installé dans une tendance au gonflement des déficits de ses paiements extérieurs, qui semble devoir conduire inexorablement à l’épuisement de nos réserves de change dans moins de 10 ans .

Le FMI la Banque Mondiale très réactifs

Face à cette dégradation accélérée, ce sont les institutions financières internationales qui se sont montrées les plus réactives au cours des dernières semaines. La Banque mondiale, qui n’a cependant pas encore intégré les effets de la baisse des prix pétroliers des derniers mois, évoquait la semaine dernière un fort recul du solde du compte courant de l’Algérie de + 9,9% du PIB en 2011 à un déficit de 0,5% en 2014, en pointant l’effet particulièrement « corrosif » des subventions énergétiques qui représentent aujourd’hui plus de 10% de la richesse nationale .

Le FMI a été encore plus prompt à réagir en prenant en compte les évolutions les plus récentes. Dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales, publié il y a quelques jours, il évoque un « solde de la balance des comptes courants de l’Algérie  qui devrait être négatif pour s’établir à -3% du PIB en 2014 et à -2,9% en 2015, contre un solde positif de 0,4% en 2013 ». Le FMI  a donc fortement révisé ses prévisions d’avril dernier, où il tablait encore sur un solde de la balance des comptes courants positif à +0,5% du PIB pour 2014.

Embrayant sur ces prévisions qui évoquent donc des déficits extérieurs de l’ordre de plus 7 milliards de dollars par an pour les 2 prochaines années, la délégation du FMI présente à Alger au cours des dernières semaines a rapidement mis en évidence « l’accentuation des risques qui pèsent sur la stabilité macroéconomique de l’Algérie », au regard notamment du recul de sa production d’hydrocarbures et de sa « forte consommation intérieure ».

La Banque d’Algérie reste sans voix

La rapidité du retournement qui affecte aujourd’hui les finances de notre pays semble en revanche avoir pris de court les principaux acteurs de l’économie algérienne. Les autorités financières algériennes donnent l’impression d’avoir été prises de vitesse par les évolutions récentes. Même la Banque d’Algérie, qui il y a encore quelques mois délivrait des avertissements à répétition sur la « vulnérabilité de notre balance des paiement à l’égard des chocs externes », semble aujourd’hui sans voix au moment ou les scénarii les plus sombres paraissent se concrétiser. Prise de court, la villa Joly campe encore sur les  conclusions de son  rapport de conjoncture pour le premier trimestre 2014 publié au mois d’aout dernier qui évoquait un tassement des importations et un déficit des paiements courant limité à moins de 500 millions de dollars au cours des 3 premiers mois de l’année.

 La loi de finances 2015 comme si de rien n’était

Mais la palme de l’imprévision revient incontestablement au ministère des Finances qui va proposer, dans quelques semaines, l’approbation d’une loi de finances pour 2015 caractérisée par « une démarche prudente et réaliste, en conformité avec les capacités économiques et financières du pays ». Une démarche prudente et réaliste qui a conduit les fonctionnaires de Ben Aknoun à caler le budget de l’État pour 2015 sur un prix de référence du baril de pétrole brut à 37 dollars (pour le réalisme) et à prix de marché de 100 dollars (pour la prudence). Il prévoit également une nouvelle augmentation des importations de marchandises de 6,2% par rapport à 2014 et une facture de près de 64 milliards de dollars. Sans parler des importations de services qui représentent plus de 12 milliards de dollars.

L’avant-projet de la loi de finances pour 2015 annonce en outre des dépenses budgétaires qui devraient s’établir en 2015 à 8 850 milliards de dinars (près de 110 milliards de dollars) en hausse de 15,7% par rapport à la loi de finances pour 2014. Une  augmentation qui s’explique par la croissance aussi bien des dépenses de fonctionnement (+5,5%), que celles d’équipement (+32,1%). Sans compter les 100 milliards de dinars supplémentaires qui ont été provisionnés pour faire face à l’abrogation de l’article 87 bis.

Hassan Haddouche