Le premier ministre Abdelmalek Sellal a annoncé mardi que le manque de logement et les problèmes d’habitat précaire seraient résorbés « définitivement » d’ici à 2018 avec la réalisation du nouveau plan quinquennal (2015-2019). Le premier plan quinquennal (2010-2014) n’ayant pas atteint les objectifs fixés, quel crédit donner aux propos d’Abdelmalek Sellal ? Nous avons demandé à deux acteurs des secteurs de l’immobilier et de la construction de réagir à ces déclarations.

A l’occasion d’une journée d’étude sur l’industrialisation de la construction en Algérie mardi, Abdelmallek Sellal a annoncé que le « déficit en matière de logement sera résorbé d’ici 2018 ». « Tout Algérien qui se trouve dans le besoin d’un logement l’aura. (…) Le gouvernement a pris toutes les mesures nécessaires afin d’atteindre ces objectifs pour lesquels tous les moyens, notamment financiers, ont été déployés » a assuré le premier ministre. Quel crédit accorder à ces déclarations ? Les efforts de l’Etat suffiront-ils à résoudre la crise du logement qui touche le pays depuis des années ?

Une administration trop lente et un manque de qualification de la main d’œuvre

Le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville avait annoncé dès avril la construction de 1,6 million de logements pour le quinquennat 2015-2019. Le premier ministre a réitéré cette promesse mardi en assurant que 1,5 millions de nouveaux logements tous types confondus seraient construits  durant les cinq prochaines années.

Or sur les 2,2 millions de logements programmés dans le plan quinquennal en cours (2010-2014), seule la moitié a été réalisée. L’Etat dit pourtant avoir mobilisé l’équivalent de 65 milliards de dollars pour leur construction.

Pour Madame Mameri, présidente de la Fédération nationale des agences immobilières, les raisons du retard pris sur le programme 2010-2014 sont multiples. « Le gouvernement avait lancé un plan d’une telle ampleur que ça ne m’étonne pas qu’il ne l’ait pas respecté, compte tenu de l’état de la main d’œuvre et du manque de matériaux de construction en Algérie ».

Abdelhamid Boudaoud, président du Collège National des experts architectes, va dans sons sens. « Il y a un problème de formation de la main d’œuvre en Algérie : notre pays manque d’une culture de la construction. Il faut ajouter à cela une administration qui ne paye jamais à temps les entreprises du bâtiment, ce qui naturellement retarde les constructions de logement. Je le dis depuis des années : la bureaucratie dans ce pays fait plus de victimes que les séismes ! ».

Mais pour Madame Mameri, le problème du logement en Algérie ne peut se réduire à leur construction.

La crise du logement : un problème plus large

 « La mauvaise répartition des logements entre les demandeurs créent des tensions dans la société » témoigne la Présidente de la Fédération des agences immobilières. « Les véritables algérois installés depuis plusieurs générations dans les quartiers de Bab El Oued et Bologhine par exemple ne sont pas toujours les premiers à bénéficier du relogement. Les nouveaux arrivants à Alger sont logés tout de suite, ce n’est pas juste ».  

Pour ces différentes raisons, elle reste sceptique sur le nouveau plan quinquennal. « Je ne demande qu’à y croire ! Mais il n’y a pas que les financements mis en œuvre qui comptent. Pour résoudre la crise du logement dans son ensemble, il faut se donner les moyens de cibler les personnes qui ont réellement besoin d’un logement. Même si un fichier national a été créé il reste des insuffisances et des incohérences : certaines personnes qui sont inscrites à l’AADL 2001 n’ont toujours pas été logées alors que certains souscripteurs de l’AADL de 2013 ont déjà leur logement ! » s’indigne Madame Mameri.

Cette dernière pointe un autre problème : celui des bidonvilles. Si la nouvelle politique consiste à détruire les habitats précaires après relogement, cela n‘empêche pas leur réapparition. «L’Etat devrait systématiquement détruire les bidonvilles qui poussent comme des champignons sinon nous ne sortirons jamais de ce problème ».

Mais ce qui révolte par dessous tout la présidente de la Fédération Nationale des agences immobilières, c’est le manque de civisme dont font preuve certains algériens. « Je suis aux premières loges pour constater ce problème. Des gens qui ont déjà un logement s’inscrivent quand même sur les listes de demandeurs et empêchent ceux qui en ont le plus besoin d’accéder à la propriété. D’autres signent les papiers pour bénéficier d’un logement mais n’y habitent pas ! On a la maladie de l’opportunisme dans ce pays. C’est à l’Etat de lutter contre cette fraude par plus de contrôle ».

Les quelques millions de logements annoncés en grande pompe par le premier ministre mardi suffiront-ils à résoudre la crise de logement ? A en croire Madame Mameri et Abdelhamid Boudaoud, des réformes de fond sont encore à entreprendre.

Agnès Nabat