Un petit garçon, qui a perdu son frère, au rassemblement des familles de disparus à Alger, le 8 mars 2014. Photo : Djamila Ould Khettab

Les autorités algériennes interdisent la venue du rapporteur du comité de l’ONU pour les Droits de l’homme. Les pourparlers entre les deux parties ont été brusquement interrompus par l’Algérie, révèle ce mercredi Nacera Dutour, présidente de l’association SOS Disparus.

Elles l’attendaient depuis des années, elles ont de quoi être déçues. Les familles des disparus de la décennie noir ne pourront pas s’entretenir avec le rapporteur du comité de l’ONU pour les Droits de l’Homme. Celui-ci n’a effectivement pas été autorisé à se rendre en Algérie, nous apprend ce mercredi Nacera Dutour, présidente de l’association SOS Disparus. « Une délégation algérienne a informé le comité des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève que la visite du rapporteur était annulée. Cette annonce a été reçue comme une mauvaise surprise par le comité qui s’apprêtait à envoyer son rapporteur en Algérie d’ici la fin de l’année », a constaté sur place Nacera Dutour, la semaine passée. « Les autorités algériennes avaient des conditions très strictes mais les responsables onusiens sont parvenus à leur arracher certaines libertés au fur et à mesure des pourparlers entre Alger et Genève. C’est ainsi que le comité des Nations unies pour les Droits de l’Homme et les dirigeants algériens se sont entendus en février dernier sur une visite du rapporteur en Algérie avant la fin de la l’année », rappelle la militante, jointe ce mercredi par téléphone. Mais, finalement, la venue du rapporteur onusien est repoussée sine die. « Je doute qu’il soit autorisé à venir dans un avenir proche », considère Nacera Dutour. Et de faire remarquer : « Ce n’est pas très intelligent de la part des autorités algériennes. Si elles veulent préserver une démocratie de façadeelles auraient dû s’inspirer du Maroc et laisser les observateurs onusiens et autres représentants d’instances internationales entrer dans son territoire ».

Pourquoi l’Algérie a-t-elle finalement décidé de fermer sa porte au représentant du comité de l’ONU pour les Droits de l’homme, qui devait rencontrer, entre autres, des familles de disparus ? « Ils [les dirigeants algériens ndlr] ont peur de ce qu’ils ont fait », lance sans ambages Nacera Dutour , faisant référence à la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, adoptée en 2005. Lundi, un grand rassemblement était organisé place de la Grande Poste à Alger pour dénoncer la disparition de plus de 5.000 personnes – d’après les chiffres de SOS Disparus – et une « réconciliation nationale truquée ». Pour Nacera Dutour, les autorités algériennes veulent fermer ce dossier mais elles n’y arriveront pas tant que des familles continueront à rejeter les indemnisations proposées par l’Etat.

Reportage: Vidéo. Algérie, la réconciliation imparfaite

Un mal pour un bien ?

Bien que l’Algérie soit passée à côté d’un grand rendez-vous, l’association SOS Disparus ne fait preuve ni d’abattement, ni de colère. « Dans le contexte actuel, il est préférable qu’une telle visite n’ait pas lieu. Oui, le contexte ne s’y prête pas : on ne voit plus le Président de la République, le gouvernement tâtonne. Avec qui le rapporteur de l’ONU aurait-il discuté ? », interroge Nacera Dutour. Dans cette situation politique, que certains opposants qualifient de « vacance du pouvoir », difficile en effet d’imaginer l’adoption de mesures, sous l’égide de l’ONU, concernant la question des disparitions durant la décennie noire.