Grâce à des documents exceptionnels —procès-verbaux d’enquêtes de police et d’auditions, témoignages inédits— le journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem signe le premier portrait de Mokhtar Belmokhtar, Le Ben Laden du Sahara*. Comment cet obscur combattant islamiste est-il devenu le plus célèbre chef djihadiste d’Afrique du Nord et de l’Ouest ? Comment a-t-il réussi à s’implanter au Sahara ? Quels sont les hommes qui ont croisé sa route ? El Watan Week-end en publie des extraits.

De son implantation dans le Sud

Le Sud dont il est originaire est encore épargné par les 40 troubles nés de l’insurrection islamiste. Pas d’attentats, ni de faux barrages ou d’affrontements, comme c’est le quotidien dans le reste du pays. Du moins jusqu’à ce que lui-même arrive dans sa ville natale vers juin 1993. Belmokhtar prend à peine le temps de retrouver sa famille et ses amis. Il est pressé d’ouvrir un foyer de guérilla dans la région. Avec une poignée de proches, il met sur pied un noyau dont il entend faire le fer de lance du djihad dans tout le sud du pays. Il crée un petit groupe armé dénommé la Katibat As Shahada, ou Brigade du martyre, affilié au Groupe islamique armé (GIA).

La katibat de Belmokhtar n’a pas beaucoup de moyens, mais son chef est assez déterminé pour que très vite il parvienne à mener de petits coups d’éclat. Sa première action est sanglante. Elle a lieu en 1993, quelques mois seulement après son retour à Ghardaïa, sa ville natale. A la tête d’un petit commando, Belmokhtar attaque une patrouille de police à la lisière de la ville. Treize policiers sont tués dans cette opération et leurs armes récupérées par le commando. La Brigade du martyre installe aussi des faux barrages. Ce procédé, qui consiste à déguiser des djihadistes en gendarmes en faction sur une portion de route isolée pour opérer des braquages, va vite devenir une des marques de fabrique du groupe qui organise plusieurs attaques surprises sur les routes du Sud algérien.

Ses cibles préférées dans ce genre d’opérations sont les convois des compagnies d’hydrocarbures travaillant dans la région que la petite bande braque pour s’emparer de leurs cargaisons, des camions ou des véhicules tout-terrain, qui sont plus tard vendus au marché noir dans les pays limitrophes. L’argent amassé sert à renforcer l’arsenal militaire du groupe, mais aussi à pourvoir en armes les autres maquis installés dans le nord du pays. «Dès 1994, nous avons reçu des informations crédibles comme quoi Belmokhtar se fournit en armes de guerre et en munitions dans plusieurs pays de la région, y compris la lointaine Guinée-Conakry et le Tchad. Je ne parle même pas du Mali, du Niger ou de la Mauritanie où Belmokhtar a longtemps été presque chez lui au vu et au su de tous. Le plus souvent, ce sont des hauts gradés de l’armée locale qui lui vendent les armes. Tout le monde le sait dans la région, y compris les plus hautes autorités de ces pays. Mais je ne sais pas pourquoi, personne n’a jamais voulu mettre un terme à cette situation. Il payait sans doute très bien les chefs militaires qui étaient en affaire avec lui», accuse Ahmed, un ancien commandant touareg de la gendarmerie malienne, longtemps chargé des services de renseignement dans le nord du Mali, aujourd’hui installé à l’étranger.

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