A Bourdj Bou Arreridj, une pépinière d’entreprises pour fabriquer l’innovation

0
879

Une pépinière d’entreprises, dénommée incubateur, est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) relevant du ministère de l’Industrie. Elle est destinée à accompagner les porteurs de projet voulant se lancer dans l’entrepreneuriat. Créée en 2008, celle de Bordj Bou Arreridj fait partie des quatre pépinières pilotes. Depuis le début de ses activités fin 2011, sept entreprises porteuses d’innovation y ont séjourné. Reportage.

En ce début de matinée ce lundi 10 novembre 2014, à Bordj Bou Arreridj, les policiers, les citoyens et les employés du quartier administratif de wilaya interrogés, en arabe et en français, disent “n’avoir jamais entendu parler d’une pépinière d’entreprises”. Renvoyé de quartier en quartier, nous sommes perdus dans un véritable labyrinthe. Après de nombreuses péripéties, nous trouvons enfin la fameuse pépinière grâce à un fonctionnaire de l’antenne locale de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ).

Un organisme méconnu

Au siège de la pépinière, l’accueil réservé par la directrice intérimaire de l’établissement, Mme Amel Yahi, est chaleureux. La méconnaissance de l’établissement qu’elle gère tant par les fonctionnaires d’organismes partenaires que par le citoyen lambda ne l’étonne pas outre mesure. “Certains responsables d’institutions avec lesquelles nous travaillons me demandent courtoisement à la fin de notre rencontre quand est-ce qu’ils pourraient y passer prendre des arbres ou des plantes. Ils prennent la notre pour une pépinière agricole”, se désole Mme Yahi. Cependant, cela n’affecte en rien sa détermination et son abnégation à ce travail qu’elle fait avec passion. “Ici, soutient elle humblement, nous sommes tous des animateurs, le directeur n’est qu’un animateur principal”.

Procédures

Rentrant dans le vif du sujet, Mme Yahi explique que le rôle de la pépinière est d’ “accompagner les promoteurs en leur assurant une orientation, une formation et un suivi”. Les porteurs de projet s’y présentent avec une idée. Ils sont reçus par un agent d’accueil et d’orientation. L’évaluation du projet, sur la base d’une comparaison entre ce qu’il comporte et les besoins en la matière sur le marché, détermine les chances de sa viabilité. S’il est jugé viable, l’idée est validée. Ensuite, les animateurs de la pépinière accompagnent le porteur du projet dans ses démarches pour le concrétiser. “En se basant sur des données réelles collectées sur le terrain pendant environ 6 mois, nous élaborons un plan d’affaires au porteur du projet. Puis, nous l’orientons vers le dispositif adéquat  (ANSEJ, CNAC, ANDI) et nous les aidons dans leurs démarches auprès du FGAR, du Calpiref et des banques”, explique Mme Yahi, pour qui l’objectif à atteindre est que les porteurs de projet établissent eux-même leur plan d’affaires. Une fois l’entreprise créée, la pépinière assure aux nouveaux entrepreneurs une formation sur la gestion d’entreprises. “Cette formation de base est assurée dans nos locaux par nos accompagnateurs, qui, eux-même, suivent des formations dispensées par des experts en la matière”.

Avantages

Toutes ces prestations sont fournies par la pépinière gratuitement. “L’hébergement des entreprises dans nos locaux est, précise la directrice intérimaire, le seul service payant. Les frais du loyer sont de 5800 DA par mois. Les bureaux sont bien équipés. Les entrepreneurs ont même à leur disposition Internet et une bibliothèque. Actuellement nos 7 bureaux sont tous occupés”. Les porteurs qui y sont hébergés ont tous un projet innovant: fabrication de lampes économiques, d’une patinoire, de logiciels éducatifs et de solution numérique ainsi que l’automatisation des habitations (domotique), entre autres. Certains projets ont abouti et sont déjà en phase d’exploitation, tandis que d’autres sont à différentes phases de création.

Entraves

En dépit de son rôle “majeur” dans le succès de ces petites entreprises innovantes, de l’aveu même des porteurs de projet, la pépinière butte sur des obstacles qui entravent son développement. En effet, la durée de location de ses bureaux, sa seule ressource en dehors des subventions de l’Etat, est limitée à une année, renouvelable une seule fois. “C’est insuffisant, nous souhaiterions que cette période soit portée à 4 ans”, plaide Mme Yahi, qui soulève également le problème de “la bureaucratie et de l’inaccessibilité de l’information”.

Modèles de réussite

Malgré ces entraves, la pépinière a permis l’incubation de sept entreprises innovantes durant ces deux dernières années. “Certains diraient que c’est peu. Mais notre objectif est la viabilité des entreprises à créer plutôt que leur nombre”, tranche la directrice.

 En effet, ces sept entreprises ont non seulement prouvé cette viabilité mais, mieux, elles se sont imposées sur le marché, chacune dans son secteur d’activité. C’est le cas notamment des entreprises NerdyZine, Khorizatech et BCNC Tech.

NerdyZine, Advertising agency web graphic:

Fondée il y a 2 ans, la NerdyZinz est une jeune entreprise spécialisée en systèmes d’information et solutions Internet. A l’échelle nationale, elle a créé  une soixantaine de sites internet pour de grandes entreprises, dont celui de la Nouvelle Biscuiterie de Cherchell et celui du Groupe Benhemmadi. Au plan international, elle est sur le point de sous-traiter aux Etats-Unis d’Amérique. Au concours international Webit d’Istanbul, en 2013, elle a été classée 80 parmi 8000 concurrents. Elle est devenue ainsi, en un laps de temps record, “la première agence de communication et d’E-solution à Bordj Bou Arreridj. Elle emploie actuellement six salariés recrutés dans le cadre des dispositifs aidés (ANEM, CTA).

Walid Bouridane, Général Manager de la NerdyZine :

Walid Bouridane, General Manager de NerdyZinz

“J’ai trouvé une annonce à l’APC. On a contacté la pépinière, qui nous a accompagnés durant toutes les étapes de création, surtout en matière de consulting. La pépinière est l’élément clé de notre succès, il faut la promouvoir. On a pu créé notre entreprise au bout de six mois. On était à deux. Mon associé a préféré aller poursuivre ses études en France. Moi, j’ai continué l’aventure (…) On n’est pas à la recherche du gain uniquement. Mais surtout à la recherche de talents algériens, notamment les informaticiens en programmation et création web. C’est vraiment dommage car il n’y a pas un endroit où les découvrir et les sensibiliser. Chez nous, ce terrain est encore vierge. On n’a même pas un modèle à suivre. Il y a un problème de formation. A l’université, on n’apprend pas grand-chose. Il faut former les stagiaires. La culture du business n’existe pas non plus chez nous. Je dis aux jeunes que ce n’est pas aussi dur qu’ils le croient. Il suffit d’avoir de la volonté et de la motivation.   (…) Notre objectif est de promouvoir notre métier et la formation en infographie de pointe. Notre programme s’étale sur trois ans. Il devra nous permettre de faire grandir notre entreprise et devenir number One. On ambitionne surtout d’informatiser et numériser l’école.”

Eurl Khorizatech, maintenance hydromécanique :

L’Eurl Khorizatech a été créée par Benkara Mohamed Lyazid, ingénieur en mécanique et détenteur d’un magister en hydraulique. Il a inventé un chasse-neige. Testé avec succès sur les trottoirs de la ville de Bordj Bou Arréridj, le prototype a été breveté. Actuellement, elle fait la maintenance et la réparation des systèmes hydromécaniques et des pompes hydrauliques d’engins de travaux publics dans un petit atelier. Elle attend qu’on lui attribue une assiette foncière industrielle pour y construire son usine et commencer la production.

Mme Benkara, épouse et secrétaire de Mohamed Lyazid :

Mme Benkara

“La pépinière nous a beaucoup aidés. Elle nous a énormément facilités la tache en matière de démarches administratives. Elle nous a également formés à la gestion d’entreprises. Actuellement, elle nous accompagne dans notre procédure de demande d’une assiette foncière. Notre atelier est trop petit pour pouvoir y fabriquer un grand chasse-neige. On l’exploite provisoirement dans la maintenance de tout type de machines hydromécaniques. On emploie cinq personnes.”

Etablissement Benameur (BCNC Tech) :

 Grâce à la pépinière, le projet ANSEJ des frères jumeaux Benameur -Ahmed, électronicien ,et Ramzi, informaticien- est passé comme une lettre à la poste. Leur entreprise a été créée en 15 jours seulement. La BCNC Tech est spécialisée dans la domotique. Elle fait l’automatisation de tout type de systèmes. Elle transforme des appareils et des équipements manuels en appareils automatisés qui peuvent être télécommandés par un smartphone. Exemples : logiciels de pointage, pupitres de commande d’armoires électriques. La BNCC est lauréate du Prix de l’innovation à la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat GEW Algérie 2013 pour son pupitre de commande.