L’Algérie doit-elle craindre les «mécréants» ou les corrompus et les incompétents ? Par Abdou Semmar

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«Les bons prétextes ne manquent jamais aux mauvaises volontés», disait le théologien français Henry Maret. Cette citation résume à elle-seule les différents événements rocambolesques et comiques qui ont fait l’actualité en Algérie ces derniers jours. Des prétextes pour empêcher tout débat sur les véritables problèmes que connait le pays. Des mauvaises volontés qui usent de tous les procédés pour empêcher le pays d’accéder à la maturité politique.

Une opposante traitée de «mécréante», diabolisée par une campagne médiatique orchestrée par des médias en quête depuis plusieurs jours de l’info qui va buzzer. L’info qui va enfin permettre à l’opinion publique de détourner son attention des véritables enjeux politiques et économiques qui menacent les équilibres du régime algérien. L’info scandaleuse qui va exciter les instincts religieux de la masse afin de passer sous silence la gestion chaotique dont se rend coupable un Etat sans Président.

La chute vertigineuse des prix du pétrole, le blocage de plusieurs projets de grande envergure, l’échec de la relance de la réindustrialisassion du pays, une juste qui protège les puissants et écrase les faibles, des villes entières croulent sous les ordures, un parlement aux abonnés absents, des affaires de corruption qui éclatent de partout, une révision de la Constitution annoncée mais sans aucune consultation avec la société civile, des institutions sécuritaires déchirées par une guerre froide des divers clans au sommet de l’Etat et, enfin, une situation régionale de plus en plus inquiétante, dans les gros dossiers déterminants pour l’avenir de l’Algérie, le taux d’échec de nos dirigeants est tout simplement hallucinant.

Mais cet échec honteux n’alimente aucune polémique nationale. Il nourrit plus la moindre discussion publique. Et pour cause, nos médias ont réussi depuis la fin de l’élection présidentielle d’avril 2014, et la reconduction d’Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays pour un 4e mandat consécutif, à éloigner ces sujets qui fâchent de tous les feux de de leurs projecteurs. Aujourd’hui, ce sont les convictions religieuses personnelles qui sont les intéressantes à dénoncer, à condamner ou à combattre. On scrute la vie personnelle, jusqu’à ses derniers recoins  sur les réseaux sociaux, des opposants, détracteurs ou ennemis jurés d’un régime  impropre» à la démocratie et à la bonne gouvernance.

Mais les Algériens sont-ils devenus tous dupes pour tomber dans le panneau ? Malheureusement, une majorité de nos compatriotes se prêtent à ce jeu malsain et s’indignent de la pluralité des croyances religieuses tout en tournant le dos aux combats en faveur de l’indépendance de la Justice, la construction d’un Etat de Droit, le respect de l’alternance au pouvoir, la fin de la corruption et de l’incompétence dans les centres de décision.

Pour chaque farce, il faut bien un dindon. Sauf qu’aucune farce ne dure longtemps. Une farce est par définition éphémère. Et un jour ou l’autre, le public cesse de rire et se met à réfléchir. Il commencera à remettre en cause la propagande et exigera ses droits. Ce jour-là, l’Algérie ne craindra plus les mécréants et réclamera la tête des corrompus qui détournent nos richesses nationales. Ce jour-là, la crainte n’engendra pas l’ignorance. Mais, la révolte. Un serpent élevé dans le lit du mensonge finit toujours par mordre son maître. L’Histoire nous a appris cette leçon depuis fort longtemps…