Il y a 4 mois maintenant, une tragédie coûtait la mort à Albert Ebossé, l’attaquant prolifique de la JSK. Sa famille a présenté samedi dernier un rapport réalisé au Cameroun, faisant état d’une nouvelle version sur les raisons de la mort du joueur. Ce rapport remet en cause la version algérienne, affirmant que le joueur avait perdu la vie après avoir reçu un projectile. Faux pour l’avocat et la famille qui ont rendu public, lors d’une conférence de presse, les résultats de l’autopsie.

Le 23 août 2014 restera un jour de honte pour le football algérien. Sombre jour où un jeune camerounais de 24 ans a perdu la vie sur le terrain où est censé se jouer le fair-play, le beau jeu et l’esprit collectif.
Quand une société va mal, le malaise va bien au delà de la politique, des médias ou des institutions. Ce mal, cette gangrène, se reflètent et s’infiltrent jusque dans le sports. Le football, qui mêle passion, ferveur et rivalité n’y échappe pas.
Dans les stades où s’opposent respect des règles et esprit guerrier, une rencontre peut parfois vite glisser vers le chaos.

Un jet de projectile aurait coûté la vie à Albert Ebossé

Il s’appelait Albert Ebossé.
S’il y a une chose que les supporters de la JSK pourraient encore dire à leur attaquant prolifique, ce serait : Merci.
Merci pour tes 17 buts en championnat l’an passé. Merci pour avoir porté la JS Kabylie jusqu’en finale du championnat en 2014.
Merci pour ton jeu, ton intégrité, ton talent. Hélas, il est trop tard pour le dire maintenant. Le jeune et prometteur Albert Ebossé a subit les foudres de la bêtise.
Il aurait pris en pleine cervicale un jet de haine, un jet de honte.

Pourtant ici, sur terre d’Afrique, dans cette si riche Algérie, composée majoritairement d’une jeunesse en quête de liberté et souvent révoltée, « cette tragédie n’a surpris personne« , car « depuis des années la violence s’est installée dans les stades et se propage parfois dans les rues, introduisant un climat de peur et d’insécurité dans nos cités », souligne le quotidien El Watan, qui voit dans cette situation « un syndrome post-guerre civile des années 1990. »
On le répète, quand une société va mal, le sport n’échappe pas à ce mal – les exemples sont nombreux en Europe et en Afrique. Capable d’être un formidable ciment de joie, de célébration et de fête pour toute une nation (on pense à la superbe Coupe du Monde des Fennecs), le football peut aussi devenir l’endroit du nationalisme, de l’incivisme, de la violence, de la très sale délinquance.

Mahmoud Boudarène, psychiatre de profession, explique cette mort lâche par le fait que l’Algérie soit malheureusement un pays parmi tant d’autres où la violence « est devenue ordinaire », nourrie par « la misère, le chômage, le manque de loisirs, la hogra (abus de pouvoir) et l’injustice sociale » et par un pouvoir « qui a usé de la brutalité pour réprimer toute manifestation politique ou sociale ». Monsieur Boudarène qualifie cet acte impardonnable perpétré par des supporters mécontents de « meurtre collectif ».
Ce jeune attaquant est une triste victime de plus de cette colère sombre et nauséabonde qui habite les esprits frustrés et perdus.

Albert Ebossé Bodjongo avait 24 ans. Albert Ebossé Bodjongo était trop jeune pour mourir. Mais entre-nous, y a-t-il un âge pour mourir d’une telle façon ? Terrassé sur le terrain de sa passion. Exécuté sur le terrain des passions. Des passions à double tranchants.

Pourtant, 4 mois après cet assassinat, une nouvelle version remet l’affaire Ebossé sur le devant de la scène.

Une nouvelle version remet en cause la thèse algérienne

Aujourd’hui pourtant, l’hypothèse de ce « meurtre collectif » se voit réfutée par l’avocat et la famille d’Albert Ebossé. Alors que la thèse officielle présentée par les autorités algériennes a toujours affirmé que la mort avait été causée par un « traumatisme crânien causé par un objet contondant », les conclusions rendues samedi à Douala lors d’une conférence de presse sur la contre-autopsie sont différentes.

Le père de la victime, André Bojongo ainsi que des médecins et des avocats sont à l’origine de cette conférence. Selon Mouné André, médecin anatomo-pathologiste à l’hôpital militaire de Douala, l’autopsie révèle que « Albert Ebossé est décédé des suites d’une agression brutale avec polytraumatisme crânien ». Durant l’autopsie, « nous avons constaté une série de cinq lésions assez patentes qui ne corroborent pas la thèse avancée dans un premier temps par les autorités algériennes qui laissaient croire que le joueur aurait été tué par un projectile lancé depuis les gradins », déclare le médecin.

Le défunt compterait pas moins de cinq lésions sur le crâne : « sur le crane 1- Une embarrure de la calotte ; 2- la fracture des os de la base du crâne ; 3- la fracture des vertèbres cervicales. Sur l’épaule gauche : une luxation et une fracture maquée de la clavicule du même côté ». Les deux avocats de la famille du joueur, Jean-Jacques Bertrand et Ruben Billap redoutent une « agression terrible certainement à plusieurs en rentrant dans les vestiaires ».

Si les déclarations du président de la JSK restent floues et et peu convaincantes, la famille Ebossé ne compte pas en rester là. Elle compte « passer à l’action » afin de « percer le mur du silence des autorités algériennes » et « concourir à la découverte de la vérité et la poursuite des coupables ».
En ce sens, la FIFA et la CAF ont été saisies. « Nous voulons que les autorités sportives prennent leurs responsabilités. Nous allons saisir la FIFA du litige que ce joueur a avec son club car celui-ci fait aujourd’hui silence total. Ses responsabilités doivent être jugées car un club doit garantir la sécurité à toutes les personnes présentes dans une enceinte sportive, en particulier les joueurs », explique Maître Jean-Jacques Bertrand.

André Bodjongo a également confié son écœurement face au comportement lâche de la JSK après le décès de son fils : « J’ai inhumé Ebossé, aucun membre de son club la JSK n’était présent. Même jusqu’à ce jour, personne n’est passé présenter les condoléances à la famille », regrette-t-il. « Nous avons appris à travers les médias que le club et la Ligue professionnelle algérienne s’engageaient à verser de l’argent à la famille. Voilà quatre mois que mon fils est mort, la famille n’a rien reçu. Et même l’enquête ouverte sur cette affaire par les autorités algériennes : toujours pas de résultat ».

L’affaire Ebossé pourrait bien devenir un véritable scandale et entacher un peu plus les instances du football algérien et les autorités algériennes restées trop silencieuses.
Une seule chose reste à espérer : que toute la lumière soit faite sur cette tragédie et que justice soit rendue à Albert Ebossé et sa famille.