Amine Zaoui : « Stop au fanatisme. Stop au discours de la haine. Stop à la pollution de la religion »

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L’écrivain et l’ancien directeur de la Bibliothèque nationale, Amine Zaoui vient d’apporter son soutien à Kamel Daoud et dénonce par la même occasion le fanatisme du prédicateur salafiste Abdelfatah Hamadache qui a appelé récemment à l’exécution du célèbre écrivain et chroniqueur suite à ses déclarations sur un plateau TV de la chaîne française France 2. Amine Zaoui invite les intellectuels et citoyens algériens à se mobiliser contre ce fanatisme et appelle l’Etat à mettre fin à « ce genre d’organisation terroriste ».

« Stop au fascisme. Stop au discours de la haine. Stop à la pollution de la religion », s’insurge Amine Zaoui dans un communiqué publié sur sa page Facebook, en réaction à l’appel au meurtre lancé par le bigot Hamadache à l’encontre de Kamel Daoud. L’ex-directeur de la Bibliothèque nationale dénonce d’emblée le retour de ces voix sinistres « qui hurlent au nom de l’islamisme dans une Algérie qu’on croyait se diriger sûrement vers la paix et le respect de la diversité et des droits de l’Homme ». Ces antagonistes, poursuit-il, « exploitent, comme de coutume, la tolérance et la simplicité religieuses chez le citoyen algérien qui a grandi dans le giron de la pratique d’une religion modérée et d’amour, loin de celle de la violence, du crime et de la terreur ». L’auteur de « Le dernier juif de Tamentit » constate avec amertume la montée du « fascisme » chez ces tartufes qui « haussent le ton en menaçant les écrivains, les artistes et les journalistes afin d’ouvrir la voie à leur projet fasciste ». Zaoui regrette qu’un chef d’un parti activant dans la clandestinité politique (Hamadache est le chef de file du parti salafiste non agréé Essahwa) appelle à l’exécution d’un écrivain et journaliste dont le seul tort est d’avoir une approche et une vision « du monde, de la langue et de l’histoire » ainsi qu’une opinion différente que celles du prédicateur salafiste. Et l’auteur du  « Festin de mensonges » de se demander si le salafiste Hamadache avait lu Kamel Daoud qui écrit depuis une décennie sur la corruption, le travail, le culture, la liberté, la femme, l’éducation et  les harragas, entre autres.

En soulignant la possibilité de divergence « sur des détails » avec Daoud, Amine Zaoui reconnaît à l’auteur de « Meursault, contre-enquête » son engagement acharné pour « la défense du droit à la liberté, à la diversité, au travail, à la dignité, au progrès et à la modernité dans un pays où il a vécu, étudié et appris dans ses écoles la langue française ». Une langue, se réjouit Zaoui, que Daoud manie à merveille dans ses écrits et grâce à laquelle « il a honoré la culture et la littérature algérienne en remportant plusieurs distinction et prix internationaux ».

Face à cette « fatwa sanguinaire, prêchée au nom de l’Islam », Amine Zaoui juge la situation « très grave » et accuse ce courant (salafiste) de vouloir s’approprier l’Islam et dénier aux autres le droit de le pratiquer et/ou l’interpréter. Devant cette interprétation « fausse et nazie » de l’Islam qui a amené  « ce mufti haineux et sanguinaire à appeler à l’effusion du sang de Kamel Daoud », l’auteur de « La culture du sang »  invite les « écrivains, les journalistes, les universitaires et les artistes notamment d’expression arabophone « à s’unir tous contre ce cancer ». Amine Zaoui appelle dans son communiqué tous les écrivains algériens, d’expression arabophone, berbérophone et francophone, toute sensibilité intellectuelle et philosophique comprise, à établir un large front  afin de préserver la liberté de la créativité et de la défense de la culture intellectuelle : un front solide contre la maladie politique autoritaire, qui veut rétablir l’Inquisition en Algérie moderne.

Il invite également les partis politiques démocratiques, laïques et nationalistes à dénoncer et se dresser clairement contre ces fatwas. Il interpelle également l’Etat algérien, à travers ses institutions judiciaires, politiques, culturelles et de sécurité afin de mettre fin à « ce genre d’organisation terroriste » qui était, dans un passé récent, à l’origine de l’exode et la mort de dizaines de milliers de citoyens ordinaires, d’universitaires, d’intellectuels, d’artistes et d’éléments des forces de sécurité innocents.