A l’occasion du 66ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), organisé chaque année le 10 décembre, le bureau de wilaya de Chlef de la Ligue algérienne de défense des droits de l’hommes (Laddh) a rendu public ce mercredi un rapport très critique sur la situation des droits de l’homme dans la wilaya durant cette année.

La situation des droits de l’homme dans la wilaya de Chlef, durant la période allant du 10 décembre 2013 au 8 du mois courant, est loin d’être reluisante. C’est du moins ce qui ressort d’un rapport signé par le président du bureau de wilaya local de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (Laddh), Houari Kaddour, et rendu publique ce lundi 8 décembre 2014 à l’occasion du 66ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (adoptée par l’assemblée générale de l’ONU le 10 décembre 1948).

« Le système algérien a voulu entretenir l’illusion d’un changement » alors que « la réalité est marquée par la continuité de la répression, des violations des libertés publiques et des droits de l’Homme », note d’emblée la Laddh, aile Salah Dabouz, dans son rapport. Les militants de la Laddh à Chlef font ainsi état de « discriminations et d’arrestations » dont sont victimes les citoyens « qui revendiquent le respect de leurs droits, aussi bien civils et politiques, économiques, que sociaux et culturels ». Le rapport de Laddh relève également une « inégalité réelle dans la vie quotidienne » pour des raisons de « sexe, économiques, sociales, régionales et politique ». Et de dénoncer, en outre, « une marginalisation et une exclusion » que subissent les citoyens de la wilaya de Chlef. Les rédacteurs du rapport en veulent pour preuve le « fait étrange » que « pratiquement depuis 1962 jusqu’à nos jours, aucun citoyen (de la wilaya) n’a été désigné dans  une haute fonction supérieure ( telle que celle de ministre, président de l’APN, président du Conseil de la Nation, président du Conseil Constitutionnel…etc., à l’exception de la désignation de Mohamed Teguia comme ministre de 1993 à 1995.) La Laddh s’interroge donc sur « les pratiques des hautes instances dirigeantes du pays qui se sont attelées depuis 1962 à nos jours à maintenir la wilaya dans la situation la pire qui soit par rapport à celle des autres wilayas du pays. Et ce en parfaite contradiction avec les dispositions des conventions internationales sur les droits civiques et des politiques d’équilibres régionaux que l’Etat algérien a pourtant déjà paraphé! «

La Laddh de Chlef fait état de « l’extension du phénomène de la  bureaucratie tentaculaire au point que le citoyen passe la plupart de son temps devant les guichets administratifs pour confectionner les lourds dossiers qui occasionnent bien souvent des malaises et des dépressions du fait des va et vient interminables auprès des services des mairies, dairas ,etc. » Pis encore, « le phénomène de la corruption, soutient-on, continue de ronger les rouages de l’Etat et une grande partie de la société. Il a pris, ces derniers temps, des proportions alarmantes, Il n’y a pas aujourd’hui une institution qui échappe au phénomène de la corruption et de la dilapidation des deniers publics. » La Laddh étaie son propos en affirmant que « près de 74% des salariés sont recrutés grâce au piston ou bien corruption, selon l’Office national des statistiques. » Et de relever, sans pour autant les préciser, « des anomalies dans le décret présidentiel n° 10- 236 du 7 octobre 2010, modifié et complété, portant réglementation des marchés publics, notamment son article 27 ». Les auteurs du rapports estime ainsi que  « la lutte contre ce fléau nécessite plus de moyens que ceux mis à la disposition des organes et institutions destinés à cet effet. » Par conséquent, ils lancent un appel à la direction des pouvoirs en vue d’une « révision des textes législatifs portant institution de l’organe de prévention et de lutte contre la corruption de façon à élargir ses prérogatives et renforcer son champ d’action, notamment en lui attribuant beaucoup plus de prérogatives pour contrecarrer ce phénomène ».

La Laddh de Chlef continue son réquisitoire en citant des cas de violation du droit à la réunion et à la manifestation. Elle cite ainsi l’arrestation de « 23 manifestants, dont 18 déférés devant la justice » parmi des citoyens qui s’opposaient « à la réalisation d’un centre d’enfouissement technique des déchet a Tenes ». Un cas similaire a été enregistré à El Marsa, où 14 personne parmi des manifestants qui dénonçaient « la dégradation de leur cadre de vie en procédant à la fermeture du siège de leur APC, ont été arrêtées et déférées ce mercredi devant la justice ».

Quant à la peine de mort, la Laddh de Chlef déplore sont maintien dans le code pénal malgré qu’un moratoire sur son exécution, rappelle-t-on, est en vigueur depuis « la fin de 1993 ». Tout en la considérant comme « un traitement dégradant, injuste et incompatible avec les droits humains », la Laddh « relève avec beaucoup de regrets que le gouvernement algérien ne fait rien pour concrétiser l’engagement pris en signant la résolution 65/206, adoptée le 21-12-2010 par l’Assemblée générale des Nations unies. »

Dans le chapitre du droit de l’enfant, la Laddh de Chlef a recensé cette année pas moins  de « 120 000 enfants nécessiteux, 645 enfants maltraités, 6000 enfants qui travaillent et 400 enfants exploités dans la mendicité » au niveau de la wilaya. D’autres catégories sociales, aussi vulnérables les unes que les autres, telles que les femmes, les handicapés et les migrants clandestins, se sont vu leurs droits bafoués, toujours selon le même rapport. Il y est rappelé également le non relogement de familles vivotant encore dans des chalets, 34 ans après le séisme ayant dévasté la wilaya, ce qui constitue aux yeux de la Laddh une violation du droit au logement. Le bureau de la Laddh de Chlef s’insurge, en outre, contre « l’absence totale jusqu’à ce jour de l’enseignement de la langue amazighe dans la wilaya de Chlef qui compte pourtant plus de 20°/° d’habitants amazighophone ».