Un enquête, réalisée par la très réputée Fondation Nationale pour la Promotion de la Santé et le Développement de la Recherche (Forem), dont nous nous sommes procurés une copie, révèle que le personnel médical algérien ne sait pas grand chose du virus Ebola, qui a tué plus de 6.000 personnes en Afrique. Édifiant !

2014, l’année de l’hécatombe. Jamais depuis l’apparition de ce virus en République démocratique du Congo (RDC), en 1976, Ebola ne s’est répandu aussi largement en Afrique et n’a fait autant de victimes. Selon le dernier recensement de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le nombre total de décès dus à Ebola, depuis le début de l’année, avoisine les 6.000 victimes, dont plus de la moitié sont originaires du Liberia, où est réapparu le virus, et plus de 1.000 personnes respectivement en Sierra Leone et Guinée, pays limitrophes du Liberia.

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C’est bien toute l’Afrique de l’Ouest qui a progressivement été touchée, depuis janvier, par cette flambée épidémique. D’après des chercheurs britanniques de l’université d’Oxford, plus de 22 millions d’Africains sont potentiellement concernés par la résurgence de cette maladie. Selon eux, la transmission du virus Ebola à l’homme est possible dans 15 autres pays d’Afrique subsaharienne, présentant des conditions similaires aux Etats déjà affectés.

À environ 5.000 km au nord de cet épicentre, en Algérie, Ebola n’est qu’un fait d’actualité abstrait. La psychose aurait pu gagner le territoire national en octobre dernier, après qu’une Malienne de 2 ans, qui revenait d’un voyage au Liberia, ait trouvé la mort dans l’ouest de ce pays frontalier. Cette première mort au Mali, qui en compte à ce jour 5, avait relancé le débat sur la porosité des frontières méridionales de l’Algérie par où s’infiltrer chaque jour des dizaines de réfugiés subsahariens. L’introduction du virus dans ce pays voisin et, donc, l’arrivée d’Ebola aux portes de l’Algérie n’ont, en revanche, pas convaincu le personnel hospitalier algérien à chercher à en savoir plus sur ce fléau, peut-on déduire d’une enquête édifiante, produite par la Forem.

À travers un questionnaire à choix multiples, portant sur 14 questions, diffusé entre octobre et novembre dernier dans 9 wilayas, la renommée Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche, qui bénéficie d’un statut permanent à l’ONU depuis 2001, a voulu évaluer les connaissances du personnel médical algérien sur le virus Ebola ? La réponse est sans appel : le secteur de la santé en Algérie ne possède que des connaissances limitées sur le sujet.

Certains n’ont jamais entendu parler d’Ebola

Première conclusion de cette enquête, dont nous nous sommes procurés une copie, sur les quelques 4.000 personnes interrogées, 38% ignorent l’origine du virus Ebola et ne savent pas qu’il s’agit d’une infection virale, dont les principaux symptômes sont des vomissements et des diarrhées. Plus grave encore, ils sont plus nombreux dans les rangs du secteur de la santé en Algérie à croire qu’Ebola s’attrape en mangeant du singe (36%) ou des chauves souris (22%) que dans le reste de la population (respectivement 23% et 16%). Les chauves-souris et les singes ont bien été reconnus comme des porteurs du virus Ebola, cependant, la transmission du virus s’opère davantage entre les humains, par un contact entre les fluides biologiques d’une personne infectée. Ce que les praticiens algériens semblent, hélas, méconnaître.

Confusion et stéréotypes dans l’esprit des techniciens de la santé algériens puisque 10% des professionnels questionnés avouent être persuadés que seule la race noire est concernée par cette infection virale. Pire, l’étude de la Forem nous apprend que 3% des techniciens de santé algériens sondés n’ont tout simplement jamais entendu parler d’Ebola !

Le personnel médical, qui manquent foncièrement de connaissance sur le sujet, est donc impuissant face à ce risque sanitaire et n’a aucune idée de l’attitude à adopter pour prévenir une contamination. Ainsi, 80% des techniciens de santé, sondés par la Forem, disent ne pas connaitre la conduite à avoir face à Ebola et 74% du monde médical interrogé reconnaissent ne pas avoir pris la peine de lire les recommandations des autorités sanitaires nationales.

Car, les pouvoirs publics algériens ne sont pas restés les bras croisés face à la propagation du virus dans tout le continent, ces derniers mois. « Suite à la première alerte de l’OMS, l’Algérie, dès le 10 avril 2014, a entrepris de mettre en place son dispositif de lutte. Elle a pour cela réactivé son dispositif d’alerte et de surveillance face à une menace sanitaire à potentiel épidémique issue des précédentes expériences. Ce dispositif a notamment consisté à mettre en alerte tous nos postes de contrôle sanitaire aux frontières des aéroports, des ports et des postes d’entrée terrestres, mobiliser les services de santé à l’effet d’être en alerte et d’assurer la prise en charge des cas éventuels dans les services d’isolement préalablement identifiés et entreprendre la sensibilisation des personnels de santé », explique ainsi Pr Smaïl Mesbah, directeur de la prévention au ministère de la Santé, dans les colonnes d’El Watan. Et de préciser : « Un stock de sécurité en moyens de protection dans tous les établissements de santé, dont 47 millions de masques patients, près de 250 000 masques respiratoires FFP2, près de 500 000 lunettes de protection, en plus des tenues de protection ont été distribués, plus le renforcement de nos capacités diagnostiques face à ce type de menace au niveau de l’Institut Pasteur d’Algérie qui, à travers son laboratoire de haute sécurité, nous permet de faire le diagnostic de cette maladie dans notre pays ». La menace semble donc prise au sérieux par le ministère de la Santé, qui a installé 7 services de référence dans des hôpitaux publics. À savoir, celui d’El Kettar à Alger, les CHU de Constantine, Sétif et Annaba et des Etablissements publics hospitaliers de Ghardaïa, Adrar et Tamanrasset.

Mais le personnel médical n’affiche pas le même sérieux. Ainsi, lorsque la Forem a demandé au personnel de santé algérien ce qu’il est convenu de faire face à un porteur du virus Ebola, près de 10% des sondés ont tout de même répondu « informer la police ».

La conclusion du document de la Forem ne peut donc être qu’accablante. « Les techniciens de la santé censés être à la première ligne ne sont pas suffisamment informés de l’épidémie. Ils ne lisent pas les directives du ministère affichées parfois sur les tableaux », concluent les rédacteurs de cette enquête avant de recommander : « de réunir le personnel dans toutes les unités et de discuter les directives plutôt que les afficher ».