El Oued. Tej, une association salutaire pour les malades démunis du Grand erg oriental

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L’association Tej pour la santé, basée à Guémar, une commune de la wilaya d’El-Oued, à plus de 600km au sud-est d’Alger, a réussi en l’espace de dix ans seulement à atténuer la déficience en matière de prise en charge sanitaire des personnes défavorisées. Organisés comme une ruche d’abeilles au milieu du désert, ses membres ont réussi à faire de leur association un véritable établissement de santé au milieu du désert. Avec des moyens dérisoires, Tej a réussi là où les établissements publics ont échoué. Reportage.

Le Sahara est rude. La vie l’est encore davantage pour Aoulaya. Âgée de 28 ans, cette jeune femme de Guémar, une commune située à une quinzaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya d’El-Oued, souffre doublement. Sa situation sociale est déplorable. Son état de santé n’est pas meilleur. Elle est atteinte d’une maladie respiratoire. Sa pathologie pulmonaire nécessite une intervention chirurgicale. Faute d’un service médical public à même de prendre son cas en charge, elle doit se faire opérer dans une clinique privée. Pour cela, il lui faut la « modique » somme de 12 millions de centimes. Femme au foyer, mariée à un agent d’entretien travaillant pour la commune, Aoulaya ne peut évidemment pas se le permettre. Le couple peine déjà à survivre dans cet environnement difficile. « Mon mari travaille dans le cadre du filet social. Son salaire est de 3000DA seulement. Ma belle-mère est handicapée moteur. On survit grâce à la charité des âmes sensibles », raconte Aoulaya, très émue. Portant un voile noir dont l’extrémité recouvre presque entièrement ses yeux, reste du visage caché par un long Âadjar blanc, Aoulaya semble gênée au premier abord. Affectée par ses difficultés respiratoires, sa voix est à peine audible.

Mais sa double détresse l’arrache à sa gêne. Elle  remonte un peu son voile d’un geste de la main, puis ôte finalement son long mouchoir blanc. Le visage découvert et le regard mélancolique de Aoulaya laissent apparaître une souffrance que les mots ne sauraient exprimer. Néanmois, sa misère sociale et ses problèmes de santé n’affectent pas outre mesure sa détermination à affronter la rudesse de sa vie. « Je voudrais travailler afin d’améliorer un peu notre situation, mais mon frère me l’interdit », regrette-t-elle. Un autoritarisme fraternel qui n’aide certainement pas la jeune femme démunie.

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Aulaya, jeune femme nécessiteuse souffrant d’une pathologie pulmonaire. L’association Tej lui porte son aide pour se faire opérer.

En revanche, l’humanisme de plusieurs dizaines de militants associatif va probablement délivrer – du moins soulager –  Aoulaya de sa pathologie. Ces humanistes sont les membres de l’Association Tej Pour la Santé de Guémar. « Des proches et des bienfaiteurs m’ont collecté une partie de la somme d’argent pour les besoins de mon intervention dans une clinique à Constantine. La somme qui me manquait, un tiers environ du coût global, m’a été offerte par l’association Tej, qui m’aide également en matière d’orientation »,  affirme Aoulaya, soulagée par le fait de pouvoir enfin subir son intervention d’ici peu. La pauvreté et la maladie n’a affecté en rien l’honnêteté de Aoulaya. « Quand elle s’est présentée chez nous, on lui a demandé combien d’argent il lui fallait pour effectuer son opération. Elle nous a dit de lui donner juste la somme qui lui manquait. Elle n’a pas voulu en abuser malgré sa détresse », apprécie Krouma Abdeldjebbar, membre du comité social de l’association.

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Krouma Abdeldjebbar, membre du comité social devant le local d’accueil au siège de l’association Tej.

En franchissant la porte d’entrée du siège de l’association, située à quelques encablures de la mairie de Guémar, l’on se retrouve dans une cour rectangulaire sablée bordée d’allées pavées. Ce bassin de sable est entouré de locaux. A côté de chaque entrée, une plaque indique à quoi sert la pièce. Les patients ou leurs proches qui y viennent solliciter l’aide de l’association passent d’abord par le service d’accueil où ils remplissent une fiche de renseignement. La suite de la procédure dépend de ce dont ils ont besoin et de leur situation sociale. « Si la personne qui se présente demande une aide matérielle, la satisfaction de sa demande dépend du résultat de l’enquête menée par notre commission sociale. S’il s’avère qu’elle est démunie, nous l’aidons en fonction de nos moyens. Dans le cas contraire, ou si elle veut juste être orientée, la commission médicale, composée de médecins, étudie son dossier et lui dit où il faut aller », explique M. Krouma.

En adoptant un procédé ingénieux, Tej s’est également dotée d’une pharmacie. Destinés uniquement aux plus défavorisés, ces médicaments sont offerts à l’association par des personnes ayant terminé leur traitement avant de les avoir épuisés. « Au lieu de se retrouver dans les poubelles, ces médicaments atterrissent dans notre pharmacie. Ils profitent ainsi aux nécessiteux », se félicite M. Krouma. Les médecins et les pharmaciens du comité médical veillent sur les normes d’usage avant toute attribution. « On n’attribue jamais un médicament sans la présence d’un médecin qui vérifie d’abord le dossier médical du demandeur ». L’association dispose aussi de matériels paramédicaux qu’elle met gratuitement à la disposition des personnes défavorisées. Le bilan de l’année dernière fait état de pas moins de 422 prêts de chaises roulantes, béquilles, matelas orthopédiques et autres appareils. Les campagnes de don du sang qu’organise Tej chaque dernier vendredi précédant le début de ramadan lui ont permis de constituer une banque de données sur le groupe sanguin des donneurs. Les coordonnées de ces derniers sont gardées dans un registre bien entretenu. Les personnes qui en ont besoin, tout au long de l’année, peuvent s’approcher de l’association, qui les met en contact avec le donneur.

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Le local faisant office de pharmacie et de magasin de matériel paramédical de l’association Tej.

Le champ d’intervention spatio-temporel de l’association ne se limite donc pas à la seule localité de Guémar et le temps que dure l’activité. Il est aussi immense et prolongé que l’étendue du Grand erg oriental. « Toujours avec vous malgré la distance qui nous sépare » est le slogan d’une des caravanes médicales que Tej organise cinq à six fois par an en faveurs des nomades. Le personnel médical et paramédical ainsi que les autres membres de l’association sillonnent la plus grande étendue de sable d’Algérie à la recherche de nomades réfractaires à tout contact avec les étrangers. La dernière caravane de ce genre remonte à juin dernier. Pas moins de 44 médecins, dont 28 spécialistes, 8 pharmaciens, 2 sages-femmes, 5 infirmières se sont déplacés dans la région de Tendla, à environ 120 kilomètres de Guémar, dans le but de soigner les nomades. Sur 1217 consultations, 1027 cas de maladie ont été diagnostiqués. Les cas bénins ont été traités sur place. Pour les maladies graves, les patients ont été orientés vers les établissements adaptés. Depuis 2010, Tej s’est lancée dans la sensibilisation des enfants aux risques des maladies transmissibles et des fléaux sociaux. Elle organise régulièrement des campagnes dans les écoles.

Grâce à la générosité et l’humanisme de ses donneurs – quelques 128 en 2014 -, d’une part, et l’abnégation ainsi que le dévouement de ses adhérents, d’autre part, l’association Tej a réussi a transformé un mirage en réalité. Les propos de Gourzi Abderrezzak, chargé de la collecte des fonds de l’association, résument la logique et l’esprit qui animent ses membres. « Je ne suis pas venu au monde pour passer mes journées à jouer aux dominos et boire du thé. Mes jours, je les consacre à faire du bien, et mes nuits à me reposer », tranche le vieillard du haut de ses 67 ans, vêtu d’un kamis et coiffé d’une chéchia blancs.