Pendant trois jours, des jeunes militants associatifs algériens ont été invités à échanger avec leurs homologues d’Aubervilliers (banlieue parisienne). Une belle occasion pour croiser les regards et mêler des enjeux parfois pas si éloignés.

Deux voix, deux langues, un seul texte. Une mélodie composée la veille sur un coin de table, des paroles simples, touchantes. Raja et Julie ne s’étaient jamais rencontrées, et pourtant au bout de quelques heures elles ont eu envie de chanter leurs sentiments communs. L’une est militante de l’association SMILE* d’Oran, l’autre est animatrice à la Ville d’Aubervilliers, les deux sont musiciennes. La culture traverse les mers et les artistes se retrouvent souvent sur le même bateau.

Julie en a pris conscience il y a quelques années, en sillonnant les routes algériennes à bord d’une “caravane de proximité”, conjointement affrétée par la municipalité d’Aubervilliers et l’association algéroise SOS Bab El Oued. “Je me suis rendu compte qu’en fait on vivait la même chose. C’était très fort, comme une révélation,” confie la jeune femme. “Je suis partie en tant que simple participante, mais j’ai vite ressenti que je serais beaucoup plus utile comme intervenante. J’animais des ateliers pour aider les jeunes à s’exprimer et à parler de leur quotidien. Le besoin est réel.”

“Ici ou là-bas, les jeunes ont envie de prendre la parole!” renchérit Manon Aounit, intervenante au théâtre d’Aubervilliers, qui a bénéficié il y a quelques années du jumelage entre sa ville et Bouzeguene (Kabylie). L’étudiante, cheveux tirés en arrière et regard déterminé, parle sans complexe de “l’histoire commune” qui unit l’Algérie et la France, et met en avant la proximité culturelle qui subsiste entre les deux pays. “C’est la première fois que je viens en France, et pourtant je me sens comme chez moi ici,” illustre Abdelghani Bouchemakh, 33 ans, le regard empreint d’émotion derrière ses lunettes de vue.

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Des défis divers mais une même volonté d’entraide

Les besoins d’expression et de transmission de la jeunesse sont les mêmes d’une rive à l’autre de la Méditerranée, même si les contextes sont différents. “D’après mon expérience, en Algérie les jeunes s’expriment beaucoup à travers la culture; la demande est forte mais ils peinent à s’organiser. En France c’est plutôt l’inverse : les structures existent, et pourtant elles ont du mal à mobiliser les jeunes,” résume Sami Loucif, membre de la cellule de coordination de Joussour, co-organisateur de l’échange avec le Comité français pour la Solidarité Internationale, Cité Unies France et la Ville d’Aubervilliers.

Malheureusement, les acteurs algériens ne connaissent que trop bien ces difficultés structurelles. Abdelghani, membre de l’association Tadukli pour la dynamisation des bibliothèques dans les environs de Bouira, déplore le manque de formation et d’équipement -malgré le soutien de Joussour et du ministère algérien de la Jeunesse.

Casquette de marin vissée sur le crâne, Fayçal Zeghib pointe également les lourdeurs administratives, mais surtout le manque criant de matériel. Directeur de la maison de jeunes d’El Bayadha, ce militant aguerri sensibilise depuis plusieurs années les adolescents d’El Oued à l’usage de la vidéo, et s’est mis en tête il y a deux ans de faire réaliser des petits films à des détenus. Grâce aux compétences qu’ils ont pu développer, plusieurs d’entre eux ont réussi à retrouver du travail et à se réinsérer plus facilement à leur sortie de prison.

Demain, les participants rentreront chez eux des souvenirs plein leurs valises, avec pour certains quelques belles promesses. Ici des partenariats entre bibliothèques, là un projet de festival international de courts-métrages. “C’est un échange mutuel,” conclut Farid Mouhous, animateur jeunesse à la Ville d’Aubervilliers. “Finalement, je dirai même que ce n’est nous qui avons le plus appris!”

Thibault BLUY

*SMILE est une association qui vise à redonner le sourire aux enfants malades et défavorisés d’Oran en améliorant leurs conditions de vie.

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