Abdou Photo - Hamadache, ce terroriste protégé par le régime algérien Par Abdou Semmar

«Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion», avait dit un jour le regretté Voltaire. Abdelfatah Hamadache, cet imam salafiste algérien qui veut «réislamiser» à sa manière la société algérienne, incarne parfaitement ce monstre dont parle si bien le bon vieux Voltaire.

Advertisement

Un monstre de terrorisme intellectuel qui a franchi hier mercredi toutes les lignes rouges en appelant au «meurtre» de l’écrivain, certes d’expression francophone mais Algérien avant tout, Kamel Daoud. «Si la charia était appliquée en Algérie, le châtiment aurait été de le tuer», affirme ainsi sans aucune gêne Hamadache, président d’un parti salafiste fantomatique, le front de la Sahwa, mais ô combien médiatisé dans les colonnes d’une certaine presse conservatrice aux relents islamistes assumés.

Il faut prononcer la «condamnation à mort» à l’encontre de Kamel Daoud pour la simple raison que ce dernier s’est exprimé librement sur ses convictions religieuses sur le plateau d’une télévision française, s’écrie fièrement Hamadache qui se promène chaque jour dans les rues d’un pays, considéré par ses partisans, comme conquis au vu de l’impunité, et la complicité même, dont ils jouissent. Un leader sans leadership réel puisque dans ses rassemblements contre tout ce qui s’apparente à un acte de liberté, celle d’aimer, de croire, de penser ou d’agir, il arrive à peine à mobiliser une trentaine de personnes.

Mais cela justifie-t-il pour autant la passivité de nos autorités face aux agissements de ce salafiste dont la violence latente s’exprime aujourd’hui publiquement ? Non ! Hamadache ne mobilise peut-être pas, du moins pas encore, la foule, mais ses sorties médiatiques ou ses appels à la haine et ses tentatives de semer la division au sein de la société algérienne deviennent très inquiétants. Inquiétants parce que le régime algérien, qui se targue d’avoir vaincu le terrorisme djihadiste, n’aurait jamais observé le même silence radio si Hamadache avait appelé au meurtre d’un ministre ou d’un haut gradé de l’armée.

Les services de sécurité algériens interviendraient avec une rapidité déconcertante si ce Hamadache avait déclaré le Djihad contre ce régime contre lequel, bizarrement il ne fait absolument rien. Et pourtant, ce ne sont pas nos dirigeants «dévergondés», «alcooliques» et aux «mœurs importés de l’Occident» qui manquent au sommet de notre pouvoir.

Comme par hasard, aux yeux de Hamadache et ses compagnons, il n’y a que Kamel Daoud, et certains de ses semblables, qui  méritent «al Had» (la condamnation à mort).

Un discours à double vitesse et une impunité étrange qui en dit long sur un stratagème hypocrite élaboré par un régime habile dans les propagandes médiatiques. En cette période troublante, chute terrible des prix du pétrole, incertitude autour de l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika, le régime algérien a tout intérêt à livrer la société entière dans la gueule de ces salafistes écervelés. Des salafistes dont le fanatisme est à géométrie variable puisqu’ils ne s’attaquent qu’aux intellectuels ou simples et ordinaires citoyens séculiers et libres-penseurs désireux d’apporter le changement politique à leur pays. Un fanatisme qui ne menace presque jamais les hauts dirigeants d’un régime pourtant loin de plaire aux religieux extrémistes.

Les règles du jeu sont claires : le terrorisme idéologique de Hamadache est toléré, pour ne pas dire soutenu, dans la mesure où il ne vise que ces opposants honnis par le régime. Un terrorisme accepté s’il ne s’en prend qu’aux homosexuels, couples amoureux, femmes émancipées ou jeunes algériens en quête de liberté sexuelle. Un terrorisme idéologique protégé même puisqu’il est instrumentalisé par un régime soucieux de préserver le statu-quo. Dieu merci, tous les Algériens ne sont pas dupes…