Dans une interview accordée à la chaîne de télévision privée KBC, hier samedi, dans l’émission « rendez-vous exclusif », le journaliste et écrivain Kamel Daoud, victime d’une fatwa lancée le 16 décembre dernier par l’imam intégriste Hamadache appelant à son meurtre, a affirmé que l’auteur de son appel au meurtre est « instrumentalisé et manipulé » par « certaines personnes influentes » qui « ne tolèrent pas son succès» et encore moins « sa présence sur les plateaux des télévisions françaises et occidentales ».

 « Je ne crois pas que mon dernier ouvrage, Meursault contre-enquête, où mes déclarations sur les plateaux de télévision françaises soient à l’origine de la Fatwa appelant à mon meurtre », a déclaré le journaliste et écrivain Kamel Daoud. Ce dernier avoue être certain que derrière la Fatwa émise par Hamadache se trouve une obscure affaire de manipulation. Pour le chroniqueur algérien, l’imam intégriste Hamadache a été victime d’une manipulation et d’une instrumentalisation de la part de «certaines autorités influentes  dérangées par mon succès et mes interventions sur les plateaux des télévisions occidentales », a-t-il déclaré.  «En Algérie, ces personnes influentes qui commencent à se frayer une place dans le système ne peuvent plus assassiner en toute impunité un intellectuel comme c’était le cas durant les années 90. Désormais, leur nouvelle tactique est de terroriser les écrivains et les hommes de plume pour les pousser à s’expatrier », affirme-t-il.

 « Il ne faut pas mélanger entre les idées d’un personnage fictif et les positions de l’écrivain »

Kamel Daoud reste convaincu que Hamadache n’a pas agi de son propre chef. Interrogé sur certains extraits de son dernier livre, Meursault contre-enquête, qui lui ont valu plusieurs critiques, de s’être par exemple attaqué à l’islam et aux musulmans en portant atteinte au Coran et en qualifiant Dieu d’un « vieux sénile qui délire ».
L’écrivant s’explique : « Dans mon livre, c’est le personnage qui parle. Si nous sommes arrivés à une époque où nous condamnons la créativité d’un auteur pour une quelconque œuvre, cela signifie que de sombres années nous attendent en Algérie », « J’assume complètement les avis que j’exprime à travers mes chroniques, mais je refuse qu’on mélange entre les propos du personnage d’un roman et les propres positions de l’écrivain », s’insurge l’auteur. À propos de la langue arabe qu’il considère comme un patrimoine et un enrichissement, Kamel Daoud dénonce l’amalgame entre l’Islam et la langue arabe. Pour lui, l’islam est une religion qui ne s’adresse pas uniquement aux Arabes, mais à toute l’humanité, tandis que l’arabe n’est qu’une langue et n’a jamais été une condition pour devenir musulman. L’écrivain s’interroge sur cette maladie qu’ont certains Algériens, allergiques à la réussite et qui, dès que quelqu’un réussit, veulent le faire revenir en arrière en évoquant son désir de plaire aux Occidentaux en écrivant sur des sujets qui fâchent. «Si je cherchais à plaire aux Occidentaux, je n’aurais jamais édité mon dernier livre en Algérie avec une maison d’édition algérienne », avoue-t-il. Saluant toutes les personnes qui se sont montrées solidaires avec lui, Kamel Daoud refuse enfin tout éventuel débat télévisé avec Hamadache qu’il considère, juridiquement parlant, comme un délinquant. « Il est impossible de débattre avec une personne sanguinaire qui appelle au meurtre. Le seul endroit où je pourrais affronter cet individu est le tribunal », conclu-il.

 Nourhane. S.