Par : Kamel DAOUD

 Daoud

Au-delà du politique, cela en devient épique : le Malade contre les Sceptiques. Les sceptiques sont connus : vous, moi, eux, les hôpitaux de Paris ou de Grenoble, le comité pour le changement, les partis d’opposition et les cafés froid au fond des tasses. Le Malade, c’est lui : le Président d’autrefois.

En gros, l’actualité algérienne se résume à ce match magnifique et morbide entre cette opposition qui demande des élections et une présidentielle et un président malade qui doit prouver qu’il est en vie presque chaque jour de sa vie.Match fascinant : quand l’opposition demande des élections, le Malade parle de Constitution. Quand l’opposition parle d’impotence, lui, il reçoit quatre ambassadeurs puis deux émirs et un autre président. Quand la rumeur confirme son hospitalisation, lui il s’arrange pour être dans la télévision. Quand on parle de l’article 88, lui il change de gouvernement, invite Gaid Salah pour montrer ses muscles et démontrer sa force. Tout l’exercice du politique algérien se résume, désormais, à ce bras de fer entre une chaise qui roule et une chaise qui ne roule pas. Celle du Président et celle des opposants consacrés. Tout est bulletin médical contre bulletin météo. Tout est médicament contre changement. Tout est notice, posologies, indications, contre-indications et effets secondaires indésirables. L’Algérie est un hôpital dont la salle d’attente est située en Algérie et l’hôpital en France avec le malade qui est allongé entre les deux. Malin, le Malade multiplie les ANSEJ internationaux, envoi ses ministres vendre de l’Algérie à la France en crise, reçoit et donne et distribue et rassure. Pour inculper Benflis, lors des dernières présidentielles, il a pris à témoin un ministre des A.E espagnol interloqué. Pour humilier l’opinion et l’opposition, il fait inviter le président français à venir « contrôler » sa viabilité.

Le dictateur face à l’horloge. Variante du fameux roman « le Général dans son labyrinthe ». Il gagne du temps, le bloque, ruse avec, le négocie, le nie, le corrompt, le trompe et le fait fabriquer sur mesure. Mais cela ne fonctionne pas. L’horloge est le seul électeur qu’il ne peut pas acheter ou recruter ou clientéliser. L’horloge ne parle pas, reste sourde et vous regarde dans les yeux. Et pour l’essentiel, le temps n’a plus le temps. Du coup, toute l’Algérie est devenue une tragédie singulière entre un peuple qui veut naitre, un président qui ne veut pas mourir et, au milieu, le temps que l’on essaye de tuer en tournant en rond. Epique donc et à suivre : que fera-il la prochaine fois contre la rumeur de sa mort ? Que dira le club des sceptiques qui le pourchasse et le surveille avec des linceuls ? Comment va-t-il prouver qu’il est en vie ? Y a-t-il une vie entre deux audiences filmées ? Epique mais aussi lamentable. Tout un pays devenu un lit, une ordonnance et une perfusion. Toute une guerre de Libération pour en arriver à une hospitalisation. On a fini par l’oublier, mais, vu de loin, c’est franchement ridicule et affligeant.

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