Abdou Photo

L’égoïsme est un moi(s) qui dure toute l’année en Algérie. Un égoïsme ravageur qui nous empêche de penser l’autre, le monde et la construction de soi. Ce n’est pas une leçon de philosophie. C’est la réalité quotidienne d’une totale indifférence. Une indifférence dont jouissent uniquement les privilégiés dans notre pays. Une indifférence provoquée par ce même égoïsme qui les empêche de reconnaître cette profonde inégalité : Alger s’accapare la considération de nos autorités au détriment des autres régions du pays, notamment celles du sud et des hauts-plateaux.

Alger n’est plus l’Algérie. Alger est le miroir trompeur qu’utilise notre régime pour berner ses partenaires occidentaux. Le régime rêve de la transformer en une perle du bassin méditerranéen. Des promenades maritimes, un métro qui va s’agrandir, un tramway, des trains modernes, des infrastructures routières flambant neuves, bref, des milliards et des milliards ont été mobilisés pour doter la capitale des commodités d’une vie moderne. Certes, ces projets n’ont pas encore abouti. Quelques-uns sont d’ores et déjà perceptibles comme l’extension du métro d’Alger, l’aménagement de la baie d’Alger. Mais ces projets destinés aux Algérois nous font oublier une réalité amère : le reste de l’Algérie demeure livré à lui-même, au sous-développement et à la précarité ambiante.

A Alger, on élimine les bidonvilles et on distribue des milliers de logements. A Relizane, Tiaret ou Tissemsilt, presqu’aucun programme de résorption de l’habitat précaire n’a été mis en place. Dans ces régions-là, des régions très peu connues par les Algérois, on vit dans certaines localités dans des maisons en toub ou même dans des couvoirs avec les bêtes. A Alger, on viabilise les routes à la moindre protestation dans la rue. A Oued Souf, au sud-est du pays, depuis 2011, un tronçon d’à peine 160 Km n’a pas encore été livré obligeant ainsi les citoyens à emprunter une route idéale pour un rallye de camions. Le cardiaque ou la femme enceinte risquent tout simplement d’y périr en s’aventurant dans ses nids de poule. A Alger, on inaugure de nouvelles salles de soin et les médecins se disputent les places lors des concours de recrutement, à Laghouat, une autre région du sud du pays, des bébés meurent faute de médecins et de prise en charge médicale digne de ce nom ! A Alger, le Wali sévit et promet deux milliards de centimes à un club de foot, à Illizi, encore le sud du pays, les citoyens de seconde zone ont été obligés de déclencher une émeute en allant chercher le Wali jusqu’à chez lui pour qu’il entende enfin parler d’eux.

A Alger, on encourage l’ouverture des grandes surfaces et des centres commerciaux modernes équipés de centres de loisir, à M’sila et Ain Defla, on se contente toujours de faire paître le troupeau pour tuer son temps et lutter contre l’ennui terrible. A Alger, et quelques-unes des autres villes du nord, on projette quelques films en avant-première, à Naâma, Tamanrasset, et d’autres villes encore, des Algériens n’ont jamais vu de leur vie une salle de cinéma !

A Alger, on s’inquiète pour les habitants qui occupent les nouvelles Cités AADL et on leur construit des écoles. A Médéa, des fillettes et des petits garçons parcourent encore chaque jour 20 Km pour aller à l’école.

Oui, c’est celui-là le véritable visage de l’Algérie. Un pays divisé par un long mur qui le traverse du nord au sud. Un mur qui sépare la Capitale et ses habitants du reste du pays ravagé par les frustrations collectives et le manque de considération des autorités centrales. Mais à Alger, personne n’ose reconnaître que vivre sous un toit dans un vieil immeuble à Telemly est un immense privilège par rapport à ces Algériens qui vivent dans des quartiers privés du raccordement au réseau d’eau et d’assainissement, de gaz de ville et d’éclairage public comme de nombreux quartiers à Azzaba, Khemis Meliana, Sougueur ou dans d’autres patelins de cette Algérie profonde oubliée des Dieux vénérés par notre glorieux régime.

Dans notre pays, le changement viendra le jour où l’enfant de Hydra, El-Madania, El-Mouradia ou Dely Brahim osera regarder plus loin que le bout de son quartier où le bus le dépose juste en bas de chez lui. Le jour où il comprendra que l’Algérie n’a rien à avoir avec Alger et ses mirages, le jour où il osera adresser une pensée solidaire à ce jeune enfermé dans les ghettos d’Ouargla, d’Aïn-Smara ou El-Bouni, le jour où il osera prendre la décision d’aller à la rencontre de ses compatriotes qui ne sont jamais montés dans un manège parce qu’ils ne connaissent pas ce que signifie un parc d’attraction, le jour où il tentera de réfléchir sur leurs peines et leurs souffrances. Ce jour-là, uniquement, nous les Algériens, nous pourrons enfin caresser l’espoir d’un changement.

Mais ce jour-là est encore loin car les privilégiés d’Alger se cachent derrière leur égoïsme égocentrique et ne plaident que pour leur intérêt au nom de leur sacro-sainte résidence dans la Capitale, El-Assima mythifiée à souhait.  Non, l’Algérie n’est pas Alger, elle ne le sera jamais, et son avenir, celui de la démocratie et de la justice sociale, ne sera pas bâti à Alger…

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