Pays voisin de l'Algérie, la Tunisie vit en ce moment des élections présidentielles historiques. Le 21 décembre prochain, la peuple tunisien sera appelé au vote pour élire son président. Aujourd'hui vendredi, marque le dernier jour de campagne pour les deux candidats : Béji Caïd Essebi, ancien ministre d'Habib Bourguiba, et Moncef Marzouki, le président sortant qui se veut être le garant de la révolution.

Béji Caïd Essebi a passé l'étape du premier tour avec 39% des voix contre 33% pour son adversaire Moncef Marzouki. Tout oppose les deux hommes qui visent le même but. Le débat est particulièrement houleux et tendu dans la dernière ligne droite de la course à la présidence. Les sympathisants du président sortant accusent Bejà Caïd Essebi de vouloir réinstaurer un régime autoritaire, alors que les partisans de l'ex-ministre de Bourguiba pointent du doigt le soutien des islamistes à Marzouki.

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Deux camps s'affrontent, et cette opposition est très nette géographiquement parlant. Ainsi, Moncef Marzouki a été plébiscité dans quasiment tous les gouvernorats du Sud tunisien (Sfax, Sidi Bouzid, Kasserine). Son concurrent, le candidat de Nidaa Tounes a remporté la première place dans les agglomérations du nord-ouest, du Grand Tunis et du Sahel. Une chose réunit, pourtant, ces deux personnages antagonistes : le fait de vouloir prouver aux Tunisiens d'être le mieux placé pour porter l'héritage de la révolution et permettre une transition réussie du Printemps Arabe. «Les deux candidats surfent sur la même révolution, mais avec des positionnements très différents», décrypte le constitutionnaliste Ghazi Gherairi.

Derrière le pourcentage de votant pour Moncef Marzouki se cachent en grande majorité des supporters d’Ennahdha. Ces pros-Ennahdha représentent en réalité une fracture entre la Tunisie progressiste et moderniste de Bourguiba et la Tunisie conservatrice d'Abdelaziz Thaalbi. Ils incarnent aussi l'expression également des vieilles rancunes des régions laissaient à l'écart pendant plus d'un demi siècle de pouvoirs successifs de Bourguiba à Ben Ali en passant par le parti Destour. En résumé, la Tunisie se partage en deux camps : celui dominé par le parti Nidaa Tounes au nord et dans le Sahel opposé à la suprématie d’Ennahdha dans le sud.

Finalement, ces deux candidats sont assez évocateurs d'une forme de dualité tunisienne qui existe depuis bien longtemps. D'un côté une Tunisie urbanisée, moderne, ouverte et prospère économiquement grâce aux bénéfices tirés de l'ancien régime. Et de l'autre, la Tunisie des champs, traditionnelle, conservatrice et rurale. Pauvre et marginalisée, cette Tunisie là n'a pas profité des richesses du pays, déconsidérée par les régimes de Ben Ali et de Bourguiba. Elle se retrouve donc plus facilement encline à aller vers des mouvements tels qu'Ennahdha, qui profitent de cette fragilité pour installer leur domination.