Le journal Le Monde publie aujourd’hui jeudi en exclusivité les conclusions d’une étude sur le coût humain du djihadisme, menée par le politologue londonien Peter Neumann. Directeur de Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR), ce dernier souligne que « plus 80% des victimes du djihadisme sont des musulmans ».

Embrigadement de jeunes européens, prise d’otage, menace des chrétiens d’Orient : le djihadisme et ses conséquences sont au cœur de l’actualité depuis plusieurs mois. A contre-courant de toutes ces informations traitées sur le vif, des chercheurs de l’université de King’s College de Londres décortiquent et analysent depuis 2008 la montée de l’islamisme et le processus de conversion de jeunes occidentaux au djihad. Le directeur du Centre international pour l’étude de la radicalisation (ICSR), Peter Neumann, a choisi les colonnes du quotidien Le Monde pour commenter la publication le 11 décembre dernier d’une première étude portant sur le coût humain du djihadisme mondial.

Ce premier rapport bat en brèche quelques idées reçues sur le djihadisme mondial. Au premier desquelles l’idée que les principales victimes du djihadisme seraient les occidentaux. Une impression qui tient à la médiatisation accrue des exécutions d’otages occidentaux comme Hervé Gourdel en septembre dernier ou de l’américain Steven Sotloff, souligne Peter Neumann. Ce qui n’est pas le cas des centaines d’attaques dont les musulmans sont la cible, selon le chercheur. « Nous insistons sur le fait que plus de 80 % des victimes du djihadisme sont des musulmans. Cela constitue une faiblesse potentielle pour ces mouvements qui prétendent combattre au nom de l’islam. » répond Peter Neumann dans un entretien avec le correspondant Philippe Bernard.

L’étude de l’ICSR minimise aussi le rôle des réseaux sociaux, souvent pointés du doigt, dans l’engagement des djihadistes. «L’idée qu’en regardant des vidéos, on décide soudain de partir pour la Syrie ne correspond pas à la réalité. Ce sont des groupes de jeunes qui se rencontrent dans une mosquée ou dans un kebab et se radicalisent ensemble. Quand l’un d’eux part, la pression amicale du groupe opère, et d’autres le suivent», explique Peter Neumann au Monde.

Les méthodes de travail des chercheurs de l’ICSR sont un peu particulières. Pour comprendre les logiques de radicalisation des jeunes recrues, ces derniers surveillent en permanence la littérature djihadiste massivement produite en ligne. Ces chercheurs discutent parfois même via les réseaux sociaux avec certains jeunes djihadistes pour mieux cerner le processus de radicalisation. Une manière d’aborder le phénomène qui offre un autre angle de vue. Et fait dire à Peter Neumann qu’il est néfaste de confisquer passeport et nationalité à ces jeunes partis en Syrie ou en Irak pour les empêcher de revenir. « Certains, environ 20 %, vivent une totale désillusion et pourraient être des voix puissantes pour dissuader d’autres départs», plaide Peter Neumann. 

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