Sur 120 000 votes enregistrés par le journal sportif France Football, l’international algérien Yacine Brahimi a récolté pas moins de 48% des voix. Un véritable plébiscite pour un joueur qui ne cesse d’émerveiller la planète football. Le mercato hivernal ayant débuté hier, il ne fait aucun doute que les grands clubs se soient d’ores et déjà lancé dans un bras de fer acharné pour décrocher la pépite de Porto. Joint pas France Football, Yacine Brahimi s’est confié lors d’un entretien réalisé par le journaliste sportif Nabil Djellit (@Nabil_djellit). Il a surtout tenu à remercier tout ceux qui l’ont honoré de cette récompense «Merci à tous !».

Entretien France Football

«Vous avez élu meilleur joueur maghrébin 2014 avec 48 % des suffrages. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Tout d’abord, je remercie France Football et tous les internautes qui ont voté. Merci à tous. C’est un grand honneur de recevoir ce prix. Comme je le dis souvent c’est un prix individuel que je reçois grâce aux équipes, et aux joueurs avec qui j’ai évolué lors de cette année 2014. Il y a évidemment le FC Porto mais aussi mes coéquipiers de la sélection nationale d’Algérie. Je ne m’oublie pas non plus Grenade, mon ancien club. Sans eux, je n’aurais pas pu recevoir ce trophée.

Vous succédez à votre compatriote Islam Slimani qui termine sur le podium. Comme vous, il évolue avec l’équipe d’Algérie et au Portugal. Pouvez-vous nous parler de cet attaquant ?
C’est un très bon joueur. Dans l’avenir, je le vois faire encore de très belles choses. Je lui souhaite tout le bonheur du monde. Je suis à Porto, il évolue au Sporting Lisbonne.  C’est aussi  le Championnat portugais qui est récompensé. Cela montre une bonne image de cette ligue.

Sur son compte  Twitter, Mehdi Benatia vous a félicité. L’international marocain termine deuxième avec 26 %…
Cela fait très plaisir. J’ai joué avec lui à Clermont (2009-10). Il réalise de très grandes choses dans l’un des meilleurs clubs au monde, voire le meilleur. Je suis vraiment fier de son parcours. Je lui souhaite plein de bonnes choses.

feghouli (sofiane) brahimi (yacine) (L'Equipe)

«On n’a pas démérité, et on a montré une belle image de l’Algérie. Mais l’Allemagne mérite amplement d’être championne du monde…»Que retiendrez-vous de votre année 2014 ?
C’est incontestablement cette qualification avec l’Algérie en huitième de finale de la Coupe du monde. Ce match face à la Russie (1-1) qui nous propulse vers le deuxième tour est un moment historique. C’est un très grand souvenir.Le 22 juin 2014, Ronaldo le Brésilien a qualifié votre but face à la Corée du Sud, de but Playstation. Faites nous revivre ce moment…
Sofiane Feghouli est à l’origine de la situation. Il fait la différence, et joue avec moi, je lui remets. Et là, il redouble sa passe en me servant parfaitement devant le but. J’ajuste le gardien. C’est un très beau but mais il est surtout important car il nous permet d’asseoir notre victoire face à la Corée du Sud (4-2). C’était une magnifique soirée. Avec « Soso », on s’entend très bien sur et en dehors du terrain. On se trouve facilement. C’est vrai que lors de ce Mondial, on avait beaucoup tendance à jouer ensemble, et à redoubler les passes.

Pensez-vous encore à ce huitième de finale face aux Allemands que vous avez bousculés (1-2 a.p.) ?
Je repense à certains moments de cette compétition. Après, il faut reconnaître qu’on est tombé sur une grande équipe. On n’a pas démérité, et on a montré une belle image de l’Algérie. Mais l’Allemagne mérite amplement d’être championne du monde.

Au FC Porto, en termes d’efficacité vous avez franchi un palier. Récemment, votre ancien sélectionneur, Vahid Halilhodzic nous expliquait que vous aviez eu un déclic lors du Mondial. Qu’en pensez-vous ?
Non, ce n’est pas la Coupe du monde qui m’a propulsé ou changé quelque chose. C’est plus le travail, et peut-être aussi que j’ai pris conscience que c’était l’efficacité qui faisait la différence entre les joueurs moyens, les très bons et les grands. Aujourd’hui, je suis dans un club où il faut que je sois le plus décisif. Il faut que j’aide mon club à aller le plus haut possible. En sélection, c’est pareil. Alors je suis satisfait car cela me réussit mais faut que je bosse plus pour faire encore mieux.

(L'Equipe)

Le choix d’aller évoluer à l’étranger et aussi d’avoir choisi l’Algérie, a-t-il été déterminant dans l’évolution de votre carrière ?
Je ne sais pas si on peut dire cela. C’est en tout cas des choix qui m’ont permis de grandir et d’avancer que cela soit avec l’Algérie ou mon départ de Rennes vers Grenade. C’était des bonnes décisions. Mais quand j’étais à Grenade, j’y étais car je n’avais pas non plus 36 000 solutions à ce moment-là. L’Algérie c’est différent. C’est le fruit d’une réflexion personnelle, et le choix du coeur. Cela faisait quelques années, que c’était en moi. Ce sont deux étapes de ma vie très importantes et qui m’ont énormément apporté…

Avez-vous senti un changement de dimension depuis votre arrivée à Porto ?
Oui évidemment, les exigences à chaque match sont différentes de celles de Grenade. Au FC Porto, il faut gagner tous les matches. Il y a énormément d’attentes de la part des dirigeants et des supporters. Avec mon club, j’ai la chance de jouer la Ligue des Champions. C’est aussi ce que je voulais et je prends beaucoup de plaisir à évoluer dans cette équipe.

«Le dribble doit permettre de marquer, faire marquer ou tout simplement faire la différence…»Meilleur dribbleur la saison dernière de Liga devant Messi et Ronaldo, et juste derrière Hazard, Messi et Hulk en Ligue des Champions, comment expliquer cet incroyable sens du dribble ? 
Le dribble c’est quelque chose qui est en moi, et que j’ai depuis que je suis tout petit. C’est effectivement une des grandes parties de mon bagage footballistique. C’est une chose que j’essaye encore de perfectionner. Après que cela soit bien clair, quand je suis en match, je ne me dis pas qu’il faut que je réussisse tel geste ou telle feinte. Tout est instantané. J’essaye de mettre ces qualités au service du collectif car au final l’efficacité doit primer. Maintenant, c’est flatteur d’être parmi les meilleurs dans cet exercice.Justement pour créer le danger estimez-vous que l’on doit dribbler seulement dans les 30 derniers mètres ?
On peut dribbler n’importe où mais cela doit surtout servir dans les 20, 30 derniers mètres. Le dribble doit permettre de marquer, faire marquer ou tout simplement faire la différence. Et puis les grands joueurs se signalent dans ces zones-là. Il y a aussi des circonstances de match où ressortir un ballon proprement de la zone défensive en éliminant peut être très important.

A l’image du match face Benfica (0-2), sentez-vous être davantage surveillé par vos adversaires ?
Oui, je sens que c’est plus pareil parce que parfois on défend à deux, trois ou quatre sur moi. Quelque part c’est valorisant car cela veut dire que ça se passe bien pour moi. Je dois m’adapter, modifier mon jeu quand il le faut. Je dois aussi me déplacer autrement par rapport au ballon. Et puis, ça libère des espaces pour certains de mes coéquipiers.

Ballon d’or algérien, joueur maghrébin Francefootball.fr, récompensé par la BBC comme meilleur africain, Dzfoot d’Or etc… Frank Ribéry s’est déplacé à Alger pour vous honorer. Est-ce que vous attendiez à autant de reconnaissance ?
Franchement, pas du tout. Je n’avais pas imaginé tout cela. Ca fait très plaisir. J’espère que cela va continuer, et que je vais pouvoir remporter des titres avec le FC Porto et l’Algérie. J’ai apprécié la venue de Frank Ribéry à Alger. (Rires…) C’est vrai qu’il y avait beaucoup d’engouement et on n’a pas pu trop échanger.»

Nabil DJELLIT (@Nabil_djellit)