Un internaute s’est aventuré sous un pont qui mène vers Oued Ouchaveh à Alger, là où personne ne va, pour donner la parole à ceux que l’on n’écoute jamais. Les SDF, les nécessiteux, les laissés pour compte. Dans ce court entretien, un sans abri nommé Smaïl, la cinquantaine, donne son avis pendant un peu plus d’une minute sur les personnes qui nous dirigent, et sur ce système pour lequel, selon lui, nous ne sommes rien de plus que des « choses ».

Les sans abris sont ces gens dont on évite soigneusement de croiser le regard. Ces gens qui nous rappellent l’espace d’un instant notre inhumanité ou du moins notre passivité et notre acceptation coupable et silencieuse de cette misère. Considéré comme marginaux, laissé sur le bas côté des routes à peu près goudronnées, leurs avis n’ont aucun poids pour ceux qui se pensent plus à même de réflechir. Pourtant, comme nous tous, Smaïl a un avis très arrêté en ce qui concerne son pays, l’Algérie. Pour lui, ceux qui exercent le pouvoir (en la personne de Bouteflika et de Sellal) « ont le pouvoir, et nous, la souffrance ». Avec clairvoyance, il exprime sans détour son opinion, partagée par beaucoup d’algériens instruits ou non, aisés ou pas.

L’internaute nous apprend que « de son parcours, nous savons d’après celui qui l’a interrogé qu’il a vécu 7 ans à Francfort, 3 ans en Italie et 3 ans à Londres. Dans tous ces pays, il a fait de la prison car il était sans-papiers, avant d’être finalement expulsé en Algérie. Il préfère vivre dans la rue plutôt que d’être pris en charge par une structure spécialisée car il dit y être mal traités. »