Le ministre du Commerce, Amara Benyounes a annoncé ce lundi 2 février le lancement d’une campagne « Consommer algérien » dans les semaines à venir, en marge de la Journée d’étude sur l’économie et le marché informel, organisé par son département à l’hôtel El Aurassi à Alger. Objectif : valoriser la production nationale à l’heure où l’Algérie fait face à une nouvelle crise pétrolière. 

Interpellé par l’une des centaines de participants de la Journée d’étude sur l’économie et le marché informel, organisé ce lundi par son ministère, à l’hôtel El Aurassi à Alger, sur l’inflation des importations vers l’Algérie, Amara Benyounes a répondu en annonçant qu’une campagne « Consommer algérien » pour la promotion des produits fabriqués localement sera lancée dans « deux semaines, au plus tard un mois ». À travers cette campagne promotionnelle, qui s’étendra sur l’ensemble de « l’année 2015 », le ministère du Commerce entend inciter les ménages algériens à faire confiance aux produits fabriqués dans leur pays. « La production algérienne fait peur, elle a mauvaise réputation d’autant plus que la publicité pour les produits importés a tendance à discréditer les concurrents algériens. Il faut rassurer le consommateur algérien », a lancé Amara Benyounes à l’auditoire, composé essentiellement de représentants de chambres de commerce, venus des quatre coins du pays, et de diverses associations de défense des consommateurs algériens. Et d’ajouter : « le vrai patriotisme s’exprime dans l’économie. Il faut que le consommateur algérien prenne conscience qu’à chaque fois qu’il consomme un produit étranger, il crée un emploi à l’étranger plutôt que dans son pays ».

Les contours de cette campagne promotionnelle, à laquelle les différentes chambres de commerce ont été associées, ne sont toutefois pas encore précis. « On sait que ce sera surtout une campagne médiatique, avec de l’affichage, et qu’elle touchera à tout type de produit fabriqué en Algérie. En revanche, le slogan de cette campagne n’a pas été arrêté », confie à Algérie-Focus Chabane Ammour, directeur de la chambre de commerce d’Alger.

L’Algérie … importatrice de dattes

Dans un pays qui importent pour 17 millions de dollars d’oranges, 120 millions de dollars de pastèques, melons, citrons et raisins et jusqu’à 28.000 dollars de dattes, un produit qui fait pourtant la réputation de l’Algérie à l’étranger, l’entreprise du ministère du Commercer a de quoi faire grincer des dents. « C’est vrai qu’avant de parler de « consommer algérien », il faudrait défendre la production nationale », reconnaît le directeur de la chambre de commerce d’Alger, pointant du doigt les « cadeaux » offerts aux importateurs au détriment des industriels nationaux : « Regardez la Loi de finances 2015, les opérateurs algériens qui emploie plus de 10.000 personnes et les importateurs sont mis sur un pied d’égalité puisque désormais ils payent tout deux le même impôt sur le bénéfice des société (IBS), chiffré à 23%. Et ceci n’est qu’un exemple ». Et de s’indigner : « on a plusieurs fois mis en garde le ministère mais on ne peut rien faire face au lobbying des importateurs, ils tiennent tout, ils arrivent à faire passer leur loi en corrompant tout le monde ».

Une chambre de commerce sans siège

Le comble, la chambre de commerce d’Alger, censée pourtant être la vitrine de l’économie de la capitale, espace d’échanges et de rencontres, n’a toujours pas de siège ! Elle occupe depuis 2010 un petit appartement situé près du Théâtre national d’Alger, face au square Port Saïd, dans lequel ses agents ne sont pas en mesure de recevoir les acteurs économiques régionaux, raconte son directeur Chabane Ammour. La chambre de commerce d’Alger devrait prendre ses quartiers à Meissonnier, dans des bureaux plus grands et appropriés, en mars prochain, souffle Chabane Ammour, impatient de déménager. Mais, en attendant le déménagement, la chambre de commerce d’Alger n’est pas réellement en mesure d’accomplir correctement sa mission…

Alors, le « Consommer algérien » selon Amara Benyounes, de la poudre aux yeux, un effet d’annonce ou une véritable volonté politique de diversifier l’économie nationale et de relancer la production locale ? La question reste posée.

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