20 personnes ont succombé à la grippe saisonnière depuis le début de cet hiver, a indiqué ce mercredi le ministère de la Santé. Malgré les explications tardives des autorités sanitaires sur la nature de cette grippe, l’inquiétude persiste. 

Après des semaines d’explications contradictoires, les autorités sanitaires jouent la carte de la normalisation pour rassurer les Algériens sur l’impact de la grippe saisonnière sur la population. Ce mercredi matin, c’était autour du professeur Smail Mesbah, directeur général de la prévention au ministère de la Santé, de dissiper les craintes des citoyens algériens sur la maladie. « Comme chaque année, nous faisons face à des grippes saisonnières. Elles ne sont pas le propres de l’Algérie, c’est un phénomène mondial connu », a-t-il déclaré durant l’émission L’Invité de la rédaction de la radio Chaîne 3 de la radio algérienne. Et comme partout ailleurs, la grippe saisonnière se décline en trois types de grippe, eux-mêmes découpés en sous-types, comprenant notamment les virus H1N1 et H3N2, a expliqué ce porte-parole du ministère de la Santé.

H1N1, le mot, longtemps tabou, est lâché. Il faut dire qu’il n’a pas été toujours évident pour les autorités sanitaires nationales de révéler la réelle nature du virus de la grippe hivernale. Tout le mois de janvier, les responsables de la Santé ont tergiversé à reconnaître que le H1N1 est l’un des trois virus constitutif de la grippe, qui sévit ces derniers mois en Algérie. Simple couac dans la communication officielle ou volonté des dirigeants de masquer la nature de la maladie, dans le but, entre autres – peut-on imaginer – de ne pas effrayer la population ? Difficile de répondre à cette question étant donné le mutisme du ministère en charge du dossier, joint en vain par nos soins ce mercredi.

Le département administré par Abdelmalek Boudiaf semble enfin prêt, au terme de plusieurs semaines de polémiques, à jouer franc jeu. Il répète désormais à l’envi que le virus H1N1 a muté en l’espace de 3 ans, ne représentant désormais plus une menace mortelle. « On ne parle plus de grippe porcine. Le H1N1 est un virus grippal saisonnier, ce n’est plus la grippe porcine comme on le dit sait en 2009 », a ainsi insisté professeur Smail Mesbah sur un ton pédagogique, reprenant les éléments de langage de son ministère de tutelle.

Reste que les ambiguïtés entourant ce dossier n’ont pas été toutes dissoutes. Lundi dernier, la grippe saisonnière a fait une nouvelle victime : un homme de 49 ans, mort à l’hôpital de Sétif, des suites de cette maladie. Pour le ministère de la Santé, il n’y a pas encore lieu de s’alarmer. « Nous sommes dans une situation comparable » à celle de l’an passé, a ainsi affirmé le professeur Smail Mesbah, au micro de la radio Chaîne 3. Selon les estimations qu’il a avancé, 180 Algériens ont été affectés par une forme sévère de cette épidémie, causant la mort de 20 d’entre eux, depuis le début de cette saison hivernale, contre 227 cas graves, dont 27 morts, en 2014. Parmi les principaux foyers de contamination, les CHU de Beni Messous, qui a enregistré cet hiver, la première humaine occasionnée par la grippe saisonnière, de Tizi Ouzou et de Aïn Taya, où 6 personnes ont perdu la vie, suite à une détresse respiratoire sévère causée par la grippe, au cours du mois de janvier dernier. Au moment des faits, Slim Belkacem, chargé de communication au ministère de la Santé, était sorti de sa réserve pour expliquer que « aucune des victimes était vaccinée ».

Le vaccin anti-grippal vraiment efficace ?

Les autorités sanitaires insistent justement sur l’importance de la vaccination. Amorcée le 15 octobre dernier, la campagne de vaccination annuelle suit son cours. À la différence des années précédentes, les efforts en terme de vaccination, ciblant notamment les « populations à risque » – comprendre, les personnes âgées, celles atteintes de maladies chroniques et les femmes enceintes -, s’échelonneront jusqu’au mois de mars, soit la fin de la saison. Jusqu’à présent, 90% des doses importées ont été injectées, s’est réjouit ce matin le professeur Smail Mesbah. Ladite campagne concerne également les pèlerins, qui sont systématiquement soumis à une injection du vaccin anti-grippal avant chaque départ pour un lieu saint, a confirmé ce responsable de la Santé. C’était donc le cas de l’homme de 49 ans, qui a succombé à la maladie, lundi dernier, à l’hôpital de Sétif. Celui-ci aurait contracté le virus H1N1 en Arabie Saoudite alors qu’il effectuait sa Omra, selon la porte-parole de la direction de wilaya de la santé de Sétif, Ryma Boussouar, citée par l’APS.

Comment alors expliquer qu’un homme à la fleur de l’âge, vacciné contre la grippe saisonnière, a trouvé la mort ? Faut-il douter de l’efficacité du vaccin importé en Algérie et administré aux sujets sensibles ? « Pas question », a lancé, tentant de faire dissiper les doutes, ajoutant : « La vaccination n’empêche pas la grippe mais les complications ». Sur ce dossier, les autorités sanitaires se retrouvent donc à nouveau à court d’argument.

Ebola et Coronavirus, deux menaces sérieuses pour l’Algérie

La polémique sur la grippe saisonnière intervient alors que l’Algérie n’est pas épargnée par deux autres menaces sanitaires. En l’occurrence, la fièvre Ebola et le virus Coronavirus. On le tient de l’aveu même du directeur général de la prévention au ministère de la Santé, qui a souligné, lors de son passage ce matin sur la Chaîne 3 que le risque de propagation vers l’Algérie est à prendre au sérieux. Une enveloppe d’un milliards de DA a été débloquée pour préparer l’Algérie à affronter ces deux dangers pour la sécurité sanitaire du pays, a annoncé le professeur Smail Mesbah, au micro de la Chaîne 3. Cette somme allouée servira à mettre en place un dispositif d’envergure, comprenant le stockage de médicaments nécessaire, l’ouverture de service d’isolement et de centre de prise en charge des éventuels patients, à travers l’ensemble du territoire national, a détaillé le cadre du ministère de la Santé. Les contrôles sanitaires au niveau de tous les passages frontaliers, aéroportuaires comme maritimes, ont été renforcés, a-t-il encore ajouté.

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