L'enquête judiciaire britannique sur l'attaque du complexe gazier d'In Amenas a conclu que la responsabilité de la mort des 6 ressortissants britanniques et du Colombien, résidant au Royaume-Uni, incombe aux terroristes ravisseurs même si deux des sept otages ont pu être touchés par une "balle tirée par l'armée algérienne". Les familles des victimes sont en colère.

Deux ans après l'attaque terroriste, orchestrée par un commando des "Signataires par le sang", le groupe djihadiste de Mokhtar Belmokhtar, sur le complexe gazier d'In Amenas, situé à à plus de 1.300 km au sud-est d'Alger, les premières conclusions de l'enquête judiciaire britannique tombent. Le juge en charge du dossier, Nicolas Hilliard du tribunal londonien de l'Old Bailey a affirmé jeudi 26 février que les six Britanniques et Carlos Estrada Valencia, le Colombien résidant au Royaume-Uni, ont tous étés "tués illégalement" et que la "responsabilité de la mort de ces otage est imputable aux terroristes". Et ce, note le juge Hilliard, même s'il est "probable que la balle" qui a tué l'un des otages, Stephen Green, "a été tirée par l'armée algérienne durant l'opération de sauvetage".

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Le juge Hilliard arrive à la même conclusion concernant les circonstances de la mort de Carlos Estrada Valencia, décédé de nombreuses blessures provoquées par "une explosion" et des "coups de feu", tirés "certainement par les forces algériennes".

Sécurité défaillante

Au cours de son verdit, le magistrat a également pointé du doigt plusieurs dysfonctionnement dans le protocole sécuritaire du complexe gazier, où près de 130 travailleurs étrangers étaient présents au moment de l'attaque. Selon lui, la direction du site gazier aurait tardé à améliorer le système de sécurité du lieu en raison du coût. Et de citer d'autres failles dans le dispositif sécuritaire du complexe d'In Amenas : les exercices de sécurité étaient rarement respectés, il n'y avait pas de gardes armés protégeant la base-vie des résidents étrangers et les gendarmes algériens sont arrivés trop tardivement, bien après que les terroristes avaient pris le contrôle du principal camp. Les terroristes se sont, de ce fait, introduits "rapidement" à l'intérieur de la base-vie.

Menace de poursuite judiciaire contre BP

Les conclusions du juge Hilliard ont suscité la colère des familles des victimes, pointant du doigt la responsabilité du géant pétrolier britannique BP, co-gestionnaire du site d'In Amenas, avec le groupe norvégien Statoil et Sonatrach. "Je pense que BP a échoué dans sa mission de sécurité vis-à-vis de mon fils, je pense que le groupe a tiré des hypothèses injustifiées selon lesquelles l'armée algérienne et les gendarmes seraient capables de protéger mon fils", a dénoncé David Green, le père du défunt Stephen Green, à la sortie du tribunal.

La veuve de Carlos Estrada Valencia va plus loin, elle a annoncé jeudi, par la voix de son avocat, Andrew Ritchie, son intention de poursuivre en justice BP. "Claudia Gaviria (ndlr la veuve de Carlos Estrada Valencia) va poursuivre BP au civil, au nom de la loi sur les accidents mortels, afin qu'elle et ses filles puissent obtenir ce que Carlos aurait dépensé pour elles le reste de sa vie", a ainsi déclaré Me Andrew Ritchie, devant le tribunal.

Le géant pétrolier, qui n'a toujours pas réagi aux éventuelles poursuites judiciaires, s'est, de son côté, contenté de féliciter "l'aboutissement de l'enquête judiciaire". Dans un communiqué, BP déclare avoir procédé avec Statoil et Sonatrach à l'élaboration "d'un programme d'amélioration de la sécurité" sur le site gazier d'In Amenas, depuis l'attaque du groupe de Mokhtar Belmokhtar, affirmant vouloir "faire tout ce qui est possible pour éviter qu'un tel événement ne se reproduise". Et de conclure : "Nos pensées demeurent avec les familles et les amis de ceux qui ont été touchés par la tragédie".