Le directeur général de Ooredoo, Joseph Ged, a profité d’une soirée arrosée, organisée en l’honneur des journalistes, pour faire siennes les déclarations de Hamid Grine, ministre de la Communication à propos de la publicité. Il conditionne l’attribution de la publicité de son entreprise à des « règles de l’éthique ».

Pis, il se permet même d’être menaçant : pas de publicité aux médias qui critiquent l’Algérie et le Qatar. «Nous ne cautionnerons d’aucune façon des attaques personnelles, ni envers l’Algérie  ni envers le pays d’où a commencé l’aventure Ooredoo, le Qatar. Nous ne nous engagerons jamais aux côtés de ceux qui sont animés par des valeurs négatives de dénigrement et de médisance.», avait-il dit sous les applaudissements de Hamid Grine, présent dans la salle. Il parait d’ailleurs que les deux hommes se sont rencontrés avant le début de la cérémonie.

Ces déclarations sont dangereuses. C’est la première fois, en effet, qu’un opérateur économique se permet ainsi de formuler des menaces claires et précises à l’encontre des médias qui ne seraient pas tendres avec le pouvoir.

Ce qui n’était jusque-là que de simples rumeurs, attribuées au ministre de la Communication, Hamid Grine, sont devenues, à présent, un fait : le pouvoir a demandé aux opérateurs économiques de ne donner de la publicité qu’aux journaux dociles. Les autres n’ont qu’à regarder ailleurs, même s’ils répondent aux critères de professionnalisme les plus rigoureux.

Le pouvoir vient de démontrer, à travers cette petite phrase de Joseph Ged, qu’il ne tolère pas la liberté de la presse. Pis, après les imprimeries et la publicité étatique, il exerce désormais une nouvelle forme de pression : pousser les sociétés privées à cesser toute annonce dans les médias qui ne seraient pas d’accord avec la ligne officielle dictée par le pouvoir. Cela s’appelle une atteinte à la liberté de la presse.

Essaïd Wakli

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