Les militants issus du milieu associatif arrêtés durant la marche anti-gaz de schiste du 24 février dernier à Alger, disent continuer de subir les représailles des services de la police et des renseignements généraux.

La scène s’est déroulée à Alger-centre mardi dernier. Des dizaines de rangées de voitures de police sur la rue Didouche Mourad et plusieurs centaines d’éléments des forces anti-émeute – 40.000 selon la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD) -, qui repoussent les manifestants anti-gaz de schiste à l’aide de leur matraque et bouclier. Dans leur foulée, les agents de l’ordre – dont le nombre exact n’a pas été confirmé par la DGSN, joint ce jeudi par nos soins – embarquent plusieurs militants associatifs et membres des partis politiques qui ont répondu à l’appel de l’Instance de suivi et de consultation de l’opposition (ISCO). Les manifestants parlent de 300 arrestations au total. De son côté, la DGSN, contactée par Algérie-Focus ce jeudi, a refusé de commenter l’information. « On était au moins une cinquantaine au commissariat de Cavaignac. Ils nous ont relâchés quelques heures après », témoigne Abdelaziz Noureddine, président du Comité national de défense des droits des chômeurs, contacté par téléphone ce jeudi.

Dans le lot, Fatiha Nateche, 67 ans, militante chevronnée de l’association SOS disparus. Cette dernière s’est rendue le lendemain, mercredi 25 février, à 9h, au commissariat de police de Bachdjerrah pour déclarer la perte de son téléphone portable, survenue, selon elle, au cours de la manifestation anti-gaz de schiste. Face à elle, le policier, après avoir consulté la base de données nationale, l’informe qu’elle fait l’objet d’un « mandat d’arrêt », rapporte Abdelaziz Noureddine, proche de la famille.

À 11h, celle que ses camarades de SOS disparus surnomment affectueusement « Oum Amine », en référence à son fils de 16 disparu en 1997, est transférée à la gendarmerie de Bourouba. Là-bas, l’activiste de 67 ans subit une série d’interrogatoires jusqu’à l’aube. À 7h du matin, ce jeudi, elle finit par être relâchée, raconte Abdelaziz Noureddine. Durant ses heures de détention, les gendarmes l’ont assaillie de questions sur son engagement associatif, sa participation à des manifestations sur la voie publique et ses apparitions médiatiques, précise la même source. « Elle est dans le radar de la police et des renseignements depuis longtemps », fait valoir Abdelaziz Noureddine.

Habituée à ce genre de confrontations, Fatiha Nateche n’en est pas sortie indemne cette fois. Le face à face avec les gendarmes a certainement dû être plus musclé qu’à l’accoutumée étant donné l’état dans lequel elle se trouve actuellement, suppose Abdelaziz Noureddine. « Je ne l’ai jamais vu comme ça, elle est tellement choquée qu’elle n’a pratiquement pas parlé depuis sa libération. On ne sait pas exactement ce qu’ils lui ont fait », confie-t-il.

Un sit-in le 11 mars à Laghouat

La la Direction générale de sûreté nationale, contactée par la rédaction ce jeudi, dément catégoriquement ce récit. « On n’a aucune trace du passage de cette dame », balaye la DGSN, ajoutant : « si cela lui est vraiment arrivé, comme elle le prétend, elle peut toujours se rendre au service d’inspection et de contrôle de la sûreté de la wilaya d’Alger et déposer plainte ».

Ce type d’intimidation sur les militants est courant en Algérie, d’après ce leader du mouvement national des chômeurs. « Nous sommes tous sous la pression des autorités. Moi-même, durant les manifestations, je suis toujours « escorté » par au moins deux flics en civils », confie Abdelaziz Noureddine, qui dit avoir été placé sous une surveillance permanente de la police et des renseignements de sécurité.

En dépit du travail de sape des autorités pour les dissuader de poursuivre leur engagement, qu’elles dénoncent, plusieurs associations – SOS Disparus, Barakat, Mouvement démocratique et social (MDS) etc, menacent de descendre à nouveau dans la rue le 11 mars. Elles ont effectivement lancé un appel pour manifester le 11 mars prochain devant le tribunal de Laghouat en soutien aux militants, condamnés à six mois de prison ferme et six mois avec sursis, qui seront jugés en appel. « On sera tous là pour faire libérer nos camarades », promet Abdelaziz Noureddine.