Après avoir affirmé, mercredi dernier, lors d’un dîner avec les patrons de presse et en présence du ministre de la Communication, Hamid Grine, que son entreprise n’accordera pas de publicité aux « médias animés de valeurs négatives » et qu’elle « ne cautionnera pas les attaques personnelles contre l’entreprise ni contre le pays qui lui a fait l’honneur de l’accueillir : l’Algérie, ni le pays d’où a commencé l’aventure : le Qatar » , le Libanais Joseph Ged, patron d’Ooredoo Algérie, est revenu à la charge, ce lundi, pour enfoncer le clou. Il a, en effet, réaffirmé ses propos insolents et déclaré ne pas être intimidé par les réactions indignées de la corporation.

Pourquoi donc cette volte-face d’un manager qui s’est singulièrement illustré par ses manœuvres de soudoiement des journalistes ? A-t-il été lui-même l’objet de pressions et de menaces de la part des autorités algériennes ? C’est plausible ! Car, comme l’affirme Léonard de Vinci, « la menace ne sert d’arme qu’aux menacés. »

Il faut dire que c’est notre ministre de la Communication qui a ouvert le bal, dès juillet dernier, en dévoilant explicitement son intention de conditionner la distribution de la manne publicitaire publique par le degré de professionnalisme –comprendre d’allégeance dans l’insondable terminologie du régime- des médias. Bravant ostensiblement le ridicule et maniant le mensonge avec une maestria inégalée, Ooredoo Algérie n’a pas hésité à affirmer que l’Anep, l’agence gouvernementale chargée de la gestion de la publicité publique, « a ses critères et qu’elle donne la publicité en fonction de son plan média et de ses objectifs de communication», en privilégiant « les règles de commercialité. » Ceci prête à rire à gorge déployée quand on sait qu’un journal comme Anep, porte-parole du puissant du moment, brasse quotidiennement 17 à 18 pages de « réclame », alors qu’absolument personne ne le lit.

Face à ces ruades violentes et décomplexées, la corporation est plus que jamais interpellée. Il s’agit pour elle d’une question de vie ou de mort, tant son existence et la publicité sont intimement liées. Il s’agit aussi d’une question de dignité. La presse algérienne, qui a payé un lourd tribut dans sa résistance à la barbarie terroriste, ne peut être réduite à l’humiliation par les ennemis de la liberté. Le sacrifice de Tahar Djaout, fils de l’Algérie éternelle, ne saurait être souillé par un manager agissant sous l’étendard du Qatar avec l’assentiment d’un ministre de la République privatisée. Comme disait Corneille, « qui ne craint point la mort, ne craint point les menaces. »

Rachid Ikhenoussène

 

 

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