L’Algérie fête, le 26 février, l’anniversaire de la mort (assassinat ?) d’un de ses plus prestigieux écrivains : Mouloud Mammeri. L’auteur de l’inoubliable Colline Oubliée a disparu, donc, depuis 26 ans laissant derrière lui une œuvre inestimable. Car, Mouloud Mammeri n’était pas qu’un écrivain : il était aussi anthropologue et archéologue.

Mais comme lors de sa mort à Ain-Defla le 26 février 1989, la commémoration de cet écrivain s’est faite dans la discrétion la plus totale. A peine des associations de sa région natale, Ait-Yenni, ont organisé une journée en l’hommage du poète disparu. La commémoration officielle s’est tenue, à Tizi-Ouzou. Mais dans le reste de l’Algérie, c’est le silence radio. Une manière de se rappeler que, même mort, Mouloud Mammeri dérange et, parfois, fait peur.

Alors qu’il fait partie, avec Mohamed Dib, des pionniers de la littérature algérienne d’expression française, Mouloud Mammeri a toujours été cantonné dans sa Kabylie natale. Les deux seules institutions qui portent aujourd’hui son nom, à savoir l’université et une Maison de culture, se situent à Tizi-ouzou. Une tentative d’étudiants de faire baptiser l’université de Bouzaréah du nom de l’illustre écrivain avait échoué en 1993.

Pourtant, le travail de Mouloud Mammeri sur l’identité berbère ne se limite pas à la Kabylie. Il avait dépensé des sommes énormes de ses deniers personnels pour sauver le patrimoine immatériel du sud du pays de l’oubli. Ainsi, il avait rassemblé dans un livre, des chants de « Ahellil de Gourara ». C’est grâce à ce livre que cette tradition a pu être reconstituée. Il avait longuement séjourné dans des contrées lointaines du Sahara pour sauver de l’oubli les langues et traditions locales.

L’Algérie doit également à Mouloud Mammeri la première chair du berbère à l’Université d’Alger. Un département définitivement fermé par Houari Boumediène durant les années 1970. C’était également lui qui avait élaboré, en 1976, la première grammaire berbère qui sert aujourd’hui de base de travail à tous les universitaires qui travaillent sur cette langue. Mais comme Kateb Yacine, Mohamed Dib, Feraoun et plus récemment Assia Djebar, Mammeri n’échappe à la règle : «Nul n’est prophète en son pays».

Essaïd Wakli

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