Les autorités algériennes ont-elles oui ou non recours à la torture ? À cette question, éminemment sensible, l’influente organisation non-gouvernementale Amnesty International dit ne pas être en mesure d’apporter une réponse faute de pouvoir envoyer ses experts étrangers en Algérie. Et la situation dure depuis plus de dix ans !

Impuissante. À l’instar de nombre d’experts et d’associations internationales, privés de séjour en Algérie, Amnesty International Algérie ne parvient toujours pas, et ce depuis 2004, à faire venir ses comparses du bureau de Londres, spécialisés dans les cas de torture. « On arrive pas à obtenir de visa pour eux », a déploré ce mercredi 25 février Hassima Oussedik, directrice de l’antenne algérienne de l’influente ONG internationale, lors de la présentation à la presse au Sofitel d’Alger de son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde en 2014. L’association de défense des droits humains dit avoir recueilli plusieurs « allégations de torture » en Algérie mais dit ne pas être en mesure de vérifier si ces accusations sont fondées, faute de pouvoir collaborer avec les experts de l’ONG en la matière, basés à Londres.

Si Amnesty International Algérie se trouve dans une impasse, sur ce dossier, elle ne cache, toutefois, pas ses doutes sur le recours des autorités étatiques à de telles pratiques. Dans son rapport, l’association non-gouvernementale cite ainsi le cas d’un Algérien, arrêté par le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), mort en détention. Les circonstances de son décès ne sont toujours pas claires. « Le gouvernement n’a pris aucune mesure pour mettre en application les recommandations du Comité contre la torture [ONU] formulées en novembre 2013 sur le cas de Mounir Hammouche, mort en décembre 2006 alors qu’il était détenu par le Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Le Comité avait préconisé une enquête impartiale sur la mort de cet homme en vue de garantir la comparution en justice de ses tortionnaires et d’accorder une réparation intégrale à ses proches », écrivent ainsi les auteurs de ce rapport. Pour rappel, l’Algérie a ratifié la Convention de lutte contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants en 1989.

Pour Amnesty International, l’étendue des pouvoirs du DRS favoriserait l’utilisation de la torture. « Malgré des informations à propos de querelles internes parmi les décideurs sur le rôle du DRS, cet organisme continuait d’exercer de vastes pouvoirs en matière d’arrestation et de détention, y compris le maintien au secret de personnes soupçonnées d’actes de terrorisme, ce qui favorisait le recours à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements », peut-on encore lire dans le bilan annuel 2014 sur les droits humains en Algérie et dans le reste du monde d’Amnesty International.

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