Le mouvement d’In Salah, jusque-là pacifique, a plongé dans la violence ce samedi 28 février. De violents affrontements entre les activistes anti-gaz de schiste et les gendarmes ont éclaté ce début d’après-midi, près du site gazier de la compagnie pétrolière américaine Halliburton, situé à 10 Km au nord d’In Salah, a-t-on appris de plusieurs sources locales. Il s’agit du deuxième site de forage et d’exploration du gaz de Schiste dans la région. Les manifestants, contactés par la rédaction d’Algérie-Focus, parlent de « plusieurs blessés et arrestations ». Une source hospitalière à In Salah a confirmé à Algérie-Focus qu’au moins 3 gendarmes grièvement blessés ont été hospitalisés en urgence à l’hôpital d’In Salah. 

Nos sources confirment également que plusieurs manifestants ont été interpellés et embarqués par les gendarmes.  En réponse, les habitants d’In Salah se sont rassemblés devant le poste de gendarmerie de la ville où ils exigent la libération de leurs camarades, selon des témoins oculaires. Le climat demeure tendu et la situation risque de dégénérer, s’inquiètent nos sources.

Ainsi, après 62 jours de contestation pacifique, In Salah est en état d’alerte maximale. De violents affrontements, toujours en cours, ont éclaté ce samedi à In Salah entre les manifestants anti-gaz de schiste et les éléments de la gendarmerie nationale. Les échauffourées ont commencé aux alentours de 11h lorsque les gendarmes ont reçu l’ordre d’intervenir pour évacuer les militants, qui ont formé une « chaîne humaine » au niveau du deuxième site de forage, à Ahnet, situé à environ 30 kilomètres d’In Salah, rapportent les manifestants contactés par la rédaction. Les gendarmes ont eu recours à des bombes lacrymogènes pour évacuer les militants, qui refusent toujours de quitter les lieux, racontent des témoins oculaires.

Début de la fracturation hydraulique imminent

Tout a commencé ce matin, lorsque des centaines d’hommes ont marché en direction de la base vie de l’Américain Halliburton, convaincus que la compagnie étrangère, avec la complicité de la Sonatrach, qui avait annoncé ne pas vouloir « interrompre l’activité de forages » des puits-pilotes, allait incessamment sous peu passer à la phase suivante : la fracturation hydraulique pour extraire le gaz de schiste. Une méthode controversée notamment en raison du risque de pollution de la nappe phréatique. « Une personne de l’entreprise, sur le deuxième lieu de  forage, nous a dit que les opérations de fracturation hydraulique allaient commencer la semaine prochaine », confie une manifestante, contactée ce samedi 28 février par téléphone. « Nous sommes les objets d’une expérimentation, on a marre ! », s’indigne-t-elle, convaincue que le Français Total et l’Américain Halliburton utilisent les puits-pilotes d’In Salah pour tester de nouveaux produits chimiques.

Les manifestants d’In Salah en veulent pour preuve le récent renforcement du dispositif dans la ville et sur le lieu des forages. « Depuis hier, encore s’avantage de gendarmes ont été déployés, notamment au niveau des sites de forage. Ils servent à protéger les sites dans la perspective du commencement de la fracturation hydraulique », pense la manifestante.

Le millier de manifestants anti-gaz de schiste, mobilisés sur la place Soumoud depuis le 1er janvier dernier, a le sentiment de vivre un moment charnière de la contestation. D’après eux, les autorités étatiques sont en train de tenter un « passage en force », en ayant recours à la fracturation hydraulique, au moment même où les militants d’In Salah ont tenté de renouer le dialogue avec les autorités. La société civile d’In Salah a effectivement adressé la semaine passée une demande de moratoire sur le gaz de schiste, cosignée par des experts algériens en énergie, au Chef de l’Etat. Dans ce document, les signataires mettent en exergue, expertise à l’appui, les risques environnementaux encourus – pollution de l’eau, de l’air, les séismes, les répercussions sur la santé – pour une ressource, dont l’exploitation n’est pas rentable, d’après plusieurs spécialistes algériens en énergie. Plus d’une semaine après l’envoi, le gouvernement algérien n’a toujours pas répondu, indiquent les manifestants joints ce samedi par téléphone. Pire, le jour de la marche anti-gaz de schiste du 24 février, date anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, le Président Bouteflika a parlé de cette ressource non-conventionnelle, via un communiqué, de « Don de Dieu ». « La situation à In Salah est plus survoltée que d’habitude justement parce qu’on a pas reçu de réponse à notre moratoire. On n’a publié notre expertise, on attend celle du gouvernement. On a été prêt à renouer le dialogue avec le gouvernement mais ce dernier n’a pas saisi cette chance. Nous on comprend alors qu’ils veulent continuer le forage et prépare l’hydro-fracturation », explique une activiste contactée par nos soins.

La mobilisation ne s’essouffle pas

En dépit du mutisme du gouvernement, sur la place Soumoud, les activistes anti-gaz de schiste continuent la résistance. Outre les actions d’urgences, comme celles entreprisent ce samedi au niveau de la base vie de Halliburton, les militants, présents place Soumoud, ont formé des ateliers de réflexion pour faire émerger des solutions alternatives. « Il y a différentes cellules de réflexion sur l’environnement, le développement durable.On est en train de poser les jalons d’une pensée écologique en Algérie », raconte une militante d’In Salah, qui rappelle que les tests sur les puits-pilotes ont lieu dans la région du Hoggar, pourtant classée parmi les zones naturelles protégées.

Le mouvement ne s’essouffle donc pas bien qu’il s’agisse d’une épreuve éprouvante physiquement et nerveusement, reconnaissent les militants-campeurs. « Le mouvement a connu en 62 jours ses hauts et ses bas mais le campement tient bon. Mais les conditions sont difficiles. La semaine dernière, trois personnes ont été hospitalisées pour fragilité nerveuse ou pour une gastrite. On est malgré tout toujours aussi nombreux, on sert toujours 1.000 repas par jour », soutient l’activiste sur place, jointe par téléphone. La détermination des militants-campeurs ne fléchit pas non plus. « Hier soir on a fait une réunion où on a discuté notamment d’un possible roulement pour que nous ne fassions que des demi-journées pour nous ménager. La majorité a refusé ce système et veut continuer à être présente toute la journée au campement », confie-t-elle.