La Société Générale, la BNP Paribas et plusieurs autres banques internationales établies en Algérie sont, ces derniers jours, au cœur d’une vive polémique. Ces banques sont accusées de ne pas accorder de crédits aux entreprises algériennes. Pis, elles sont accusées de favoriser exclusivement les filiales locales des entreprises étrangères. Ces accusations sont dénuées de tout fondement, selon les investigations que nous avons pu mener. 

En réalité, ces accusations relèvent surtout d’une campagne de dénigrement organisée par certains importateurs algériens qui ont des dettes impayées auprès de plusieurs de ces banques et dont les montants s’élèvent à plusieurs millions d’euros, a-t-on appris de plusieurs sources bancaires. Ces dettes impayées s’expliquent par des opérations d’importation menées, notamment, par des concessionnaires automobiles qui peinent, aujourd’hui, à écouler leurs stocks, de façon à leur permettre de récupérer l’argent nécessaire pour honorer leurs engagements auprès des banques comme la Société Générale, HSBC, Natixis Algérie ou la BNP Paribas.

Faderco, Abdennour Souakri et les autres 

Dans ce contexte, ces clients algériens ont été placés sous la surveillance de comités de suivi des clients irréguliers et douteux qui dépendent directement des maisons-mères de ces banques internationales. « Contrairement à ce qui a été dit et rapporté par certains médias,  les crédits au profit des entreprises algériennes ne sont guère limités à un million d’euros. Il est faux de dire que les gestionnaires de ces banques doivent recourir à leur maison-mère pour trancher sur les financements dépassant le million d’euros »,  confie l’expert et consultant en finance Mohamed Kessal. Selon ce dernier, les banques internationales obéissent à deux pouvoirs qui déterminent l’octroi des crédits aux entreprises : le pouvoir local et le pouvoir siège, à savoir celui de la maison-mère.

« Le pouvoir local d’un responsable du département crédit d’une banque comme la Société Générale ou la BNP Paribas lui permet d’accorder des crédits dont les montants peuvent aller jusqu’à 20 ou 25 millions d’euros. C’est entièrement faux et mensonger de dire que le seuil limite est d’un million d’euros. Au-delà de 25 millions d’euros, une demande de crédit doit être transférée à la maison-mère. Mais, jamais en dessous », souligne à ce propos le consultant. Plusieurs sources proches de la BNP Paribas et la Société Générale confirment ces informations. « En revanche, quand il s’agit d’un prêt litigieux, c’est à dire un prêt demandé par un client algérien qui détient des dettes impayées, là nous sommes obligés de consulter la maison-mère parce qu’il s’agit d’une opération risquée », explique une source bancaire qui travaille dans une Banque française établie depuis des années en Algérie.

Les opérateurs économiques algériens sont-ils réellement défavorisés par ces banques internationales ? « Faux », répond tout de go Mohamed Kessal, qui en veut pour preuve les récents projets réalisés par des opérateurs économiques algériens et financés par un consortium de banques internationales. A titre d’exemple, l’entreprise algérienne Faderco, spécialisée dans la fabrication des produits d’hygiène pour adultes et de papiers sanitaires et domestiques, a bénéficié d’un prêt de 50 millions d’euros, financé entre autres par la BNP et la Société Générale et ce, pour réaliser un complexe industriel à Sétif. A Biskra, le projet d’une cimenterie, réalisé par l’homme d’affaires Abdennour Souakri et le groupe Lafarge, a bénéficié d’un prêt de 200 millions d’euros financé également par un consortium de banques internationales et 50 % du montant de ce crédit a été financé par la BNP et la Société Générale. A Constantine, un acteur de l’industrie pharmaceutique a bénéficié pour sa part d’un crédit de 20 millions d’euros pour monter une unité de production.

« Tous ces opérateurs n’ont jamais été défavorisés par les banques étrangères. Leurs projets industriels ont permis de créer de la richesse et des emplois. Malheureusement, de nombreux autres opérateurs ne sont pas vraiment bancables et ne correspondent pas aux normes financières », explique encore notre consultant, fin connaisseur du secteur. D’après lui, pour accorder un crédit, les banques sérieuses prennent en  considération la rentabilité économique du projet, les capacités managériales et l’apport initial dans le financement demandé. « Les entreprises algériennes doivent faire encore beaucoup d’efforts pour se conformer à des critères  internationalement admis », précise l’expert.

Le scénario de Tonic Emballage 

Il est à signaler que la Société Générale ou la BNP Paribas pèsent aujourd’hui pas moins de 300 millions d’euros de fonds propres en Algérie. Lors de leur installation au début des années 2000, leur capital n’excédait pas les cinq millions d’euros. « Ces banques ont réinvesti leurs résultats financiers et bénéfices en fonds propres. Elles poursuivent leurs investissement ainsi. La BNP et la Société générale ont aujourd’hui, chacune, pas moins de 300 mille clients, pour la majorité des personnes physiques et des entreprises, dont nombre de PME », indique Mohamed Kessal.

D’après notre interlocuteur et plusieurs autres sources bancaires, il est vital de continuer à professionnaliser le secteur, en adoptant des critères internationalement admis lors de l’octroi des crédits de financements. « C’est la seule façon qui permettra de ne pas reproduire les scandales de Tonic Emballage qui a pris un milliard de dollars de la BADR, une banque publique, sans aucune garantie industrielle. Le projet s’est terminé par un scandale de détournements des deniers publics et la BADR a failli faire faillite, si le Trésor public n’était pas intervenu pour le recapitaliser », assurent nos sources. Les scandales Digimex ou BCIA Bank se sont produits parce que les banques publiques telles que la BNA ou la BADR ont accordé des crédits politiques et non économiques. Ces banques ont été victimes de pressions politiques pour les obliger à accorder des financements à des opérateurs douteux. Le résultat nous le connaissons tous : des banqueroutes et des scandales. Aujourd’hui, cette nouvelle cabale enclenchée contre les banques internationales en Algérie vise-t-elle à faire plier ces banques au diktat des lobbies de l’import qui ravagent notre économie ? La menace est à prendre au sérieux.