Club des Pins, cette zone résidentielle réservée uniquement aux hauts commis de l'Etat, ce club privé où l'accès est réservé seulement à la nomenklatura algérienne, bénéficie d'un budget presque secret géré de la manière la plus opaque par l’État algérien. En 2015, le contribuable Algérien ne sait toujours pas combien lui coûte cette "Résidence d'Etat". 

Le seul chiffre rendu public date d’août 2014, où un décret présidentiel publié au Journal Officiel  explique q'un crédit "d’un milliard cinq cents deux millions de dinars (1.502.000.000 DA), applicable au budget de fonctionnement des services du Premier ministre et au chapitre n° 44-01, a été affecté comme contribution à la résidence d’État du Sahel". Ainsi, on comprend donc que l’État accorde au Club des Pins l'équivalent d'environ 10 millions d’euros, à savoir  plus de 150 milliards de centimes. A quoi va servir cet argent ? Est-il justifié ? Et est-ce que réellement l’État ne consacre qu'une enveloppe de 150 milliards de centimes au Club des Pins ?  Aujourd'hui, il demeure très difficile de répondre à ces questions car, en réalité, ces dépenses publiques n'obéissent à aucun instrument de contrôle clairement identifié.  Mais, les données que nous avons recueilli prouvent aisément que Club des Pins coûte beaucoup plus cher que 10 millions d'euros.

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Il faut d'abord savoir que Club des Pins, ou la Résidence d’État du Sahel, dépend pour sa gestion des services du Premier ministre. Ceci dit, il n'est pas le seul à dépenser pour entretenir et gérer les quelques 1000 villas et bungalows de luxe. Des sources bien informées nous ont expliqués que, pour chaque ministre ou secrétaire général d'un ministère, bénéficiant automatiquement et dés leur nominatio, d'un logement de fonction au Club des Pins, ce sont leurs ministères respectifs qui leur paient un loyer mensuel. Donc tous les 28 ministères qui composent notre gouvernement paient des charges, en plus des 10 millions d'euros mobilisés par les services du Premier ministère, pour l'hébergement de leurs dirigeants. Or, ce loyer reste encore secret et aucune source officielle ne veut le dévoiler.

Lundi matin, nous avons appelé la cellule de communication du Premier ministère. Une employée  de cette cellule a assuré qu'elle ignorait tout de ce sujet. Elle nous a renvoyés vers le service des moyens généraux. A ce service, une autre responsable a reconnu aussi qu'elle ne détenait aucune donnée concernant ce sujet. Elle nous a, elle-aussi, redirigé vers le service des facturations. Là aussi, personne n'a souhaité éclairer notre lanterne.

Aucune information, aucune déclaration. Le sujet est-il tabou ? Assurément oui. "Mais lorsqu'on sait que durant les années 80, il fallait mobiliser plus de 30 mille Da pour louer un bungalow au Club des Pins pour l'été, il est aisé aujourd'hui de dire qu'un loyer mensuel s'élève à pas moins de 100 mille Da (10 millions de centimes)", confie à ce sujet un expert proche du ministère des Finances. Cela signifie que chaque année,  au moins 120 milliards de centimes (environ 8 millions d'euros) sont dépensés par nos ministères pour loger les ministres. Donc, à ces 10 millions d'Euros initiaux, il faut rajouter facilement l'équivalent de presque 8 ou 9 millions d'Euros en plus. Mais les dépenses publiques pour le Club des Pins ne s'arrêtent pas là. "Non, beaucoup d'autres services sont facturés. Par exemple, la gendarmerie nationale facture ses prestations et tous les dispositifs qu'elle met en place pour assurer la protection et la sécurité des résidents prestigieux de Club des Pins", explique encore, sous le sceau de l'anonymat, un ancien haut cadre au gouvernement.

Il faut ajouter à ces multiples frais, d'autres dépenses mobilisés pour les travaux de réaménagement des bungalows du Club des Pins. Plusieurs personnalités se sont offerts ainsi des piscines. D'autres ont rééquipé leurs logements. Qui couvre ces dépenses ? "C'est la direction générale de la Résidence d’État et donc, les pouvoirs publics car il s'agit d'un logement de fonction et non pas d'une propriété privée. Tous les travaux d'entretien ou d'aménagement sont à la charge de l’État", assure un autre ancien haut cadre qui fréquentait régulièrement le Club des Pins.

A ces dernières dépenses, il faut ajouter celles occasionnées par d'anciens ministres qui n'ont pas encore quitté leurs villas au Club des Pins. Et ils sont nombreux à se retrouver dans cette situation. En 2012, les anciens ministres Hachemi Djaâboub, Bouguerra Soltani et Abdelmadjid Menasra ont été destinataires de mises en demeure pour quitter ces logements huppés. Plusieurs autres personnalités ont été également citées. D'autres dirigeants ont fait main basse sur ces villas sans même les occuper ! L'ancien ministre de l'Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, préférait habiter sa villa à Hydra, au lieu de rentrer chaque soir au Club des Pins. L'ancien chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, avait cédé sa villa à ses enfants lorsqu'il était aux commandes du pays. Et qui payait pendant que ces ministres désertaient leurs logements de fonction ? C'est l’État bien-sûr !  Le gouvernement n'a jamais voulu fournir le moindre éclairage sur ces situations de non-droit. De plus, l’État et donc, le Trésor public et donc, le contribuable algérien, se retrouvent à dépenser plusieurs millions d'euros par an au profit de dignitaires bénéficiant d'un privilège datant des années 90.

Un privilège qui n'a aujourd'hui aucune justification. En effet, cette Résidence a été constituée durant la décennie noire pour des raisons sécuritaires et ce, afin de protéger les cadres de l’État. Aujourd'hui, l'Algérie a dépassé la situation de terrorisme aveugle. Les hauts dirigeants ne sont plus visés par des attentats. Le régime ne cesse d'affirmer que la guerre contre le terrorisme islamiste a été remportée. Pourquoi donc maintenir l'existence de ce lieu ? Pourquoi ne pas lui rendre sa vocation de complexe touristique de haut standing, à même de renflouer les caisses de l’État? Mais, au lieu de cela,  le gouvernement continue à user et abuser de notre argent pour entretenir le train de vie luxueux de nos dirigeants.