Après plus d’un mois de grève, les bancs des écoles sont restés désespérément vides alors que le ministère de l’Education nationale avait annoncé la reprise des cours pour ce dimanche 22 mars. Date à laquelle était initialement prévu le début des vacances scolaires de printemps. Explications.

Les élèves et les enseignants étaient censés reprendre le chemin de l’école ce dimanche 22 mars mais à l’abord des établissements scolaires il n’y avait pas foule ce dimanche. La majorité des professeurs et des élèves a donc décidé de faire l’école buissonnière, faisant fi de l’appel du ministère de l’Education nationale à reprendre les cours aujourd’hui. « Les cours n’ont repris que partiellement. On observe beaucoup d’absences tant du côté des professeurs que de celui des élèves. Environ 30% des effectifs ont repris ce dimanche matin, seulement », indique à Algérie-Focus Khaled Ahmed, président de l’association nationale des parents d’élève, pour qui la responsabilité de cette lente reprise incombe aux « chefs d’établissement qui n’ont pas suffisamment relayé l’information auprès des parents d’élève et du corps enseignant ».

À leur décharge, la décision du département dirigé par Nouria Benghebrit a été prise dans l’urgence. À la surprise générale, le Cnapest a annoncé sur son site internet jeudi soir, soit la veille du départ en vacances, la fin de la grève, suite à une réunion d’urgence au siège du ministère de l’Education nationale. Ce dernier a fixé, dans un communiqué diffusé samedi 21 mars seulement, la reprise des cours pour le dimanche 22.

Double peine

La décision du ministère de l’Education fait grincer des dents des deux côtés. Le Cnapest regrette ainsi une mesure adoptée « unilatéralement ». « Les effets de la fin de la grève n’ont pas été discutés durant la réunion d’urgence », révèle à Algérie-Focus Larbi Nouar, coordinateur national du syndicat des enseignants. « On aurait dû ne pas toucher à la première semaine de vacances et préparer la reprise durant la deuxième semaine », regrette-t-il.

Même regret du côté des parents d’élèves. D’après eux, les élèves sont de cette façon doublement pénalisés : ils ont subi pendant plus d’un mois le mouvement de grève largement suivi par les enseignants, notamment du secondaire, et se voient maintenant privés de leur droit de partir en vacances. « Le ministère ne prend même pas en compte le cas des élèves dont les parents ont programmé un séjour hors wilaya ou à l’étranger », déplore Khaled Ahmed.

Date du BAC 2015 maintenue

Le calendrier de reprise des cours n’est pas le seul effet de la fin de la grève qui fait débat. Le programme de reprise aussi. La grève, amorcée par les syndicats des enseignants le 16 février dernier, est survenue à l’approche des compositions du deuxième trimestre. Dans le contexte actuel, ces examens sanctionnant le milieu d’année seront-ils maintenus ? La question sera tranchée par chaque responsable d’établissement scolaire en coordination avec les parents d’élèves et les syndicats d’enseignants. « Ils ont le choix soit de les maintenir, soit de les repousser, soit de les annuler. Dans ce cas, le passage à un niveau supérieur d’un élève sera décidé en fonction de la moyenne obtenue par celui-ci au 1er et 3è trimestre. La majorité des chefs d’établissement ont décidé de suspendre les examens de 2è trimestre », précise Khaled Ahmed, pour qui l’annulation pure et simple des compositions du 2è trimestre est la « moins mauvaise des solutions ».

Alors que les conditions de rattrapage des leçons manquées suscitent le débat, la ministre de l’Education a affirmé ce dimanche que la grève observée par les enseignants durant plus de 4 semaines n’aura aucun impact sur l’organisation du BAC 2015. « Les examens du BAC vont se dérouler aux dates fixées« , a assuré Nouria Benghebrit, sur les ondes la chaîne III de la radio nationale, ajoutant que « l’évaluation se fera sur la base de ce qui a été fait réellement » et non pas de l’ensemble du programme scolaire.

Si les parents d’élève se disent « soulagés » de la sortie de crise, ils restent néanmoins sur leur garde. L’école algérienne n’est pas à l’abri d’une nouvelle paralysie, craignent-ils. « Tout est possible en Algérie, on exclut pas un retour à la grève en septembre si le ministère n’honore pas ses engagements », redoute le président de l’association nationale des parents d’élèves.

En attendant la prochaine grève … ?

Le compromis auquel sont parvenus les délégués du ministère de l’Education nationale et les représentants des syndicats des enseignants est-il si précaire ? Alors que certains observateurs du milieu éducatif national estiment que les enseignants ont abdiqué, sous la pression du ministère de tutelle, des parents d’élèves et des médias, ces derniers défendent le contraire et se disent satisfaits de l’accord qu’ils ont arraché jeudi dernier, au terme de 10 heures de négociations. « On a obtenu gain de cause, car, même si toutes nos revendications n’ont pas été retenues par le ministère, les principales vont faire l’objet de réforme », se réjouit ainsi Larbi Nouar.

D’après le Cnapest, trois de ses revendications sont « en voie de concrétisation », suite à sa rencontre avec le ministère de tutelle. Dans le cadre de la promotion des enseignants, le ministère piloté par Nouria Benghebrit s’est engagé à créer 135.000 postes dans les trois paliers confondus d’ici 2017, à raison de 45.000 par an, indique le Cnapest à Algérie-Focus. Concernant les 80.000 professeurs dits « en voie d’extinction », ils bénéficieront d’une promotion automatique et seront dédommagés avant la fin de l’année 2015, selon la même source. Renvoyées jusque là aux calendes grecques, les réclamations du Cnapest relatives à la médecine du travail enregistrent une avancée. « Des centres médicaux seront ouverts d’ici juin dans certaines wilayas, comme Biskra, Béjaia et Tlemcen, où les centres de médecine sociale, qui dépendaient jusque là du ministère de la Santé, passeront sous l’autorité du ministère de l’Education nationale, en attendant un arrêt interministériel qui permettra l’ouverture d’une ligne de crédit pour embaucher le personnel adéquat. Pour les autres wilayas, les anciens réfectoires ou internats seront aménagés en centre médical pour enseignants », révèle le président du Cnapest.

Mais le enseignants ne rangent pas définitivement les armes. Ils n’hésitent pas à menacer le ministère de l’Education d’appeler à une nouvelle grève si l’autorité de tutelle n’honore pas les engagements pris jeudi dernier. « Le ministère a tout intérêt de respecter l’accord sinon on revient à la case de départ », avertit le président du Cnapest.