L’usurpation du sigle du glorieux parti révolutionnaire, plus d’un demi-siècle durant, n’est plus à même de procurer ce prestige illusoire dont le Front de libération nationale (FLN) post-indépendance s’est toujours targué. Et pour cause, le mandat de 5 ans des instances de l’ancien parti unique issues de son dernier congrès, tenu du 19 au 21 mars 2010, expire demain jeudi.

Le mandat des instances dirigeantes du FLN issues du 9e congrès expire ce jeudi 19 mars. Il en est ainsi du Comité central (CC), plus haute instance du parti entre deux congrès, dont le mandat est de cinq ans. Cela va rajouter une couche à la crise de légitimité sans précédent qui secoue l’ex-parti unique ces dernières années. Laquelle crise s’est accentuée depuis l’intronisation en août 2013, d’Amar Saâdani en qualité de secrétaire général (SG), succédant à Abdelaziz Belkhadem, destitué quelques mois auparavant. Depuis, des ténors du FLN n’ont eu de cesse de crier, à cor et à cri, à l’illégitimité de (leur) actuel patron. C’est le cas notamment de Abderrahmane Belayat et de Abdelkrim Abada,, figures de proue du mouvement de « redressement » du FLN.

Contacté par nos soins, Abderrahmane Belayat réitère d’emblée que son parti est « sans SG » depuis l’été 2013. Il qualifie de « malsaine » et d’ « illégale » la situation actuelle du parti. Pour lui, la responsabilité incombe à Saâdani qui « évite de réunir le CC » de crainte d’être destitué. « Le CC actuel a été vidé de son sens (depuis l’arrivée de Saâdani) », s’indigne-t-il. Et de dénoncer le refus de l’administration de leur accorder l’autorisation de tenir une réunion du CC, seule instance à même de remettre la FLN sur rails.

Abdelkrim Abada, un des détracteurs les plus acharnés de l’actuel SG, abonde, lui aussi, dans le même sens. Le qualifiant d’ « illégitime », le chef de file du mouvement du redressement et de l’authenticité estime que « Saâdani n’a pas été élu ». « Il a été désigné. Depuis, la parti traverse une crise sans précédent », explique-t-il. Selon lui, le non-renouvellement de ces instances dans les délais plonge le parti dans l’ « illégalité ». Abada soupçonne ainsi Saâdani de préparer un congrès sur mesure en vue de sa reconduction. Il en veut pour preuve les nouvelles mouhafadhas mises en place dernièrement, et qui sont, estime-t-il, autant « illégitimes » que le SG.

Tant décriée, la direction actuelle du FLN, par le biais de son chargé de communication, s’en défend. « Le non-tenue du congrès du parti dans les délais (statutaires) ne constitue pas une première dans les annales du parti. Il y a eu déjà des précédents du temps de Mehri (SG de 1988 à 1996, NDLR) et Benhamouda (SG de 1996 à 2001, NDLR) », explique Saïd Bouhadja, tout en rappelant que ces personnes qui crient au scandale aujourd’hui « faisaient partie » du CC, à l’époque. Mieux, Bouhadja souligne qu’en leur qualité de membres du CC actuel, Belayat et Abada « font également partie de la Commission nationale de préparation du 10e congrès ».

En outre, Bouhadja rejette ces accusations, qu’il qualifie de « prétextes faibles », en affirmant que l’expiration du mandat des instances élues ne mettent pas le parti en situation illégale. « La loi cadre sur les partis politiques n’est pas explicite à ce sujet », tente-il de convaincre. En outre, « le FLN, ajoute-t-il, jouit d’une légitimité politique étant donné que nous sommes majoritaires dans les assemblées élues ». Tout en qualifiant de « normale » la situation actuelle du parti, Bouhadja soutient que « les préparatifs pour la tenue d’un congrès à la hauteur du FLN et dans des conditions favorables sont en cours ».

En attendant, force est de constater que le peu de légitimité statutaire qui restait au FLN post-indépendance s’écroule désormais avec l’expiration du mandat de ses instances dirigeantes, celui de l’actuel SG y compris.