L’accident de la route terrible, survenu tôt le matin d’hier dimanche à In Salah, a mis à nu, encore une fois, la réalité amère de nos établissements de santé.

En effet, l’hôpital d’In Salah, vers lequel ont été évacués les victimes, s’est avéré, en fin de compte, n’être qu’une morgue ayant accueilli les onze cadavres des malheureux passagers ayant péri dans l’accident de la route. Ou, tout au mieux, une petite infrastructure où l’on peut dispenser les premiers secours. Il en est ainsi pour les quelques blessés légers y ayant reçu les premiers soins.

En revanche, les cas représentant des complications plus au moins avancées ont tous été transférés vers d’autres établissements du Grand Sud, situés à des centaines de kilomètres de là. Qui à Tamanrasset (700 km), qui à Ghardaïa (plus de 600 km), qui à Adrar (plus de 300), qui à Reggane (250 km). Faute de médecins spécialistes, notamment en traumatologie et en réanimation, trois blessés graves ont été transférés vers Tam, dont deux dans la même ambulance, selon des sources locales. Deux autres vers Ghardaïa.

Au lieu d’assumer cet état de fait, d’en tirer les leçons et d’y remédier en urgence, le ministre de la santé a adopté le discours habituel du régime, empreint de démagogie et de langue de bois. Agrémenté, comme à l’accoutumé, par quelques promesses. Le tout, sous les caméras de la chaîne publique de propagande, l’ENTV.

Abdelmalek Boudiaf a ainsi promis aux citoyens d‘In Salah, qui l’attendaient de pied ferme sur les lieux, le lancement dans « deux mois » des travaux d’un nouvel hôpital d’une capacité de 120 lits, et l’affectation de médecins spécialistes vers les établissements du sud en priorité. Pis encore, au directeur de l’hôpital qui lui faisait part de l’existence de 13 spécialistes, dans diverses branches médicales, au niveau de son établissement, le ministre lui demande d’en faire l’annonce, d’en répandre ce qui s’apparente vraisemblablement, à ses yeux, à un exploit.

Cependant, ni le coup de lifting effectué au niveau de l’hôpital juste avant l’arrivée du ministre, dénoncé d’ailleurs par les citoyens mécontents, ni le promesses du ministre n’ont trompé la lucidité des citoyens. Ces derniers ont ainsi fait savoir au ministre qu’ils n’ont eu de cesse de dénoncer le sinistre état dans lequel se trouve le secteur dans leur région et la passivité des pouvoirs publics quant à la prise en charge de leur doléance.

Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, un des protestataires demande, à juste titre, au ministre comment une structure sanitaire incapable de prendre en charge quelques victimes d’un accident de la route, aussi grave soit-il, pourrait faire face à une éventuelle catastrophe humaine que provoquerait la contamination de l’eau par les produits toxiques utilisés dans l’exploitation du gaz de schiste. Prétextant l’inopportunité du moment, affirmant s’y être déplacé au chevet des blessés, Abdelmalek Boudiaf a esquivé le fond des doléances des citoyens.

Contexte oblige -étant marqué par les manifestations contre le gaz de schiste, dont In Salah est la ville emblématique– le ministre s’attendait certainement à de pareilles interpellations. Preuve en est son déplacement nocturne, de surcroît très tardif, alors que l’accident était survenu très tôt dans la matinée. Cela sur la plan protocolaire. Dans le fond, des responsables qui se font soigner à l’étranger aux frais du contribuable, pourraient-ils se soucier de l’état du secteur de la santé dans leur pays?