Attention! L’Algérie n’est pas non plus à l’abri d’un drame similaire à celui du vol 9525 de la compagnie allemande Germanwings.  La sécurité aérienne accuse, en effet, de nombreuses défaillances dans notre pays. Et le suivi médical de nos pilotes et copilotes n’est guère conforme aux normes internationales, révèlent à Algérie-Focus, deux spécialistes algériens de la sécurité aérienne. 

Ancien Pilote de la compagnie Khalifa Airways, Benzerroug Mohamed Redouane est aujourd’hui expert judiciaire-enquêteur accident/incident crashs aériens.  Il a été formé en 2009 à l’institut français de la sécurité aérienne (IFSA). « En 2007, un pilote de la compagnie nationale Air Algérie s’était enfermé pendant plus de 15 minutes dans le cockpit. Il a semé une véritable panique. Fort heureusement, les autres membres de l’équipage avaient réussi à le convaincre de revenir à la raison », révèle Benzerroug Mohamed Redouane qui refuse de révéler l’identité exacte de ce pilote pour ne pas attenter à sa vie privée. « Mais, je peux vous assurer qu’après avoir été rétrogradé et sanctionné, il a continué à exercer en tant que co-pilote. Et plus tard, il est redevenu pilote sans que personne ne crie au scandale. Aujourd’hui, il officie toujours comme pilote et assure la liaison Alger-Montréal », explique encore notre interlocuteur qui pointe du doigt de nombreuses défaillance au niveau du suivi médical de nos pilotes et copilotes. En effet, en Algérie, nous ne disposons toujours pas de commissions médicales qui fonctionnent selon les normes internationalement requises.

« Notre direction centrale de l’avion civile n’est même pas autonome financièrement. Et lorsqu’elle dépêche une commission médicale pour assurer le contrôle ou le suivi des pilotes de ligne de la compagnie Air Algérie, les membres de cette commission sont hébergés et pris en charge par la même compagnie aérienne. Comment, dans un tel contexte, une commission peut effectuer un travail impartial et transparent si elle est nourrie par la compagnie qu’elle doit auditer ? », s’interroge Benzerroug Mohamed Redouane.

Le docteur Kourdourli Hassaine, médecin, expert judiciaire et évaluateur médical agréé par l’Autorité de l’aviation civile et de la météorologie partage les appréhensions et inquiétudes de Benzerroug Mohamed Redouane.  « Tant que nous n’avons pas encore une direction générale de l’aviation civile autonome financièrement et indépendante de tout pouvoir politique, l’Algérie encourt toujours de grands risques d’accidents et d’incidents aériens », prévient tout de go cet interlocuteur qui devait chapeauter le projet d’évacuation médicale par voie aérienne pour Tassili Airlines. Mais, ce projet est finalement tombé à l’eau.

« Contrairement aux pays voisins, par exemple, nous n’avons pas encore un conseil médical de l’aviation civile. Cela signifie que l’Algérie n’est même pas encore conforme aux normes et exigences de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Il est anormal que nous soyons aujourd’hui encore obligés de travailler avec la commission médicale du Centre national d’expertise médicale du personnel naviguant (CNEMPN) qui dépend de l’armée », relate le docteur Kourdourli, selon lequel la situation dans laquelle patauge la direction de l’aviation civile, qui dépend du ministère des Transports, est tout simplement catastrophique.

« Le bureau d’enquête et d’analyse de notre aviation civile ne dispose même pas des commodités nécessaires pour effectuer son travail. Pour preuve, au début de l’année, un pilote qui assure la liaison Alger-Pékin a été retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel dans la capitale chinoise. Où en sont les enquêtes de ce bureau ? Pourquoi on ne sait toujours rien au sujet des circonstances de cette mort ? En décembre 2014, un pilote qui a fait la ligne Alger-Dubai  a été victime d’une hypoglycémie. Dans ce cas aussi, nous n’avons jamais appris les conclusions du bureau d’enquête et d’analyse », déplore le docteur Kourdourli. Ce dernier appelle à doter ce service de tous les moyens et compétences nécessaires pour faire face aux situations les plus critiques. Pour le docteur Kourdourli Hassaine, comme pour l’expert Benzerroug Mohamed Redouane, il est plus qu’urgent de procéder à une réforme globale de la direction de l’aviation civile en Algérie, qui demeure marginalisée et incapable d’exercer ses prérogatives et ses missions.

Afin de le faire réagir à ce constat des plus déplorables, nous avons appelé le directeur de l’aviation civile et de météorologie, Smaïn Youcef Azzi. Malheureusement, celui-ci ne pouvait pas répondre à nos sollicitations, car il s’apprêtait, ce lundi 30 mars, à voyager. Fort heureusement, M. Azzi avait pris un vol de la petite compagnie Tassili Airlines pour effectuer son voyage. Il a donc échappé…à la grève brutale du personnel d’Air Algérie.

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