Transplantation rénale en Algérie : Il faut 60 ans pour éponger la liste d’attente

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La greffe rénale en Algérie accuse un retard très important du fait, notamment, d’une insuffisance de dons. Et le problème n’est pas que médical. Explications.

Attendre encore et toujours. Le quotidien d’un insuffisant rénal en Algérie se résume à une attente, prolongée, interminable. Au cours des dix dernières années, le nombre de malade a triplé, passant de 3.000 cas à plus de 10.000 personnes inscrites sur liste d’attente. Parmi eux, 20 % attendent un donneur apparenté tandis que les 80 % espèrent une « greffe providentielle », a affirmé ce jeudi 26 mars, le professeur Tahar Rayan, chef de service néphrologie, dialyse et transplantation rénale au CHU Nafissa Hamoud (ex Parnet), au micro de la Chaîne III de la radio algérienne. Pessimiste quant à la réussite du programme national de transplantation rénale, le professeur a souligné : « chaque année le fossé entre l’offre et la demande se creuse. »

Certes, le nombre d’intervention chirurgicale sur des insuffisants rénaux a augmenté depuis 2007, passant d’une soixantaine de greffes par an à presque 200 chaque année, mais cela reste encore trop peu pour venir en aide aux milliers de patients algériens. À raison de 170 à 200 greffes rénale par an, « il nous faut 60 ans pour éponger le nombre de patients qui attendent, sans oublier que le nombre d’insuffisants rénaux progresse de 10% chaque année », prévient Pr. Rayan.

Flou législatif…

Selon ce praticien, le rythme des interventions chirurgicale en Algérie sur des insuffisants rénaux est ralenti par des contraintes autres que médicale. Et de citer, d’abord, le cadre législatif algérien, trop ambigu sur la réglementation des transplantations rénales, d’après ce chef de service. La loi 85-05, réglementant les dons d’organes, est trop « permissive », selon lui, puisqu’elle n’interdit pas formellement aux donateurs non apparentés de léguer de leur vivant un organe. Pour éviter la commercialisation et le trafic d’organes, les chirurgiens refusent d’eux-mêmes, par prudence, un don d’organe d’une personne vivante, qui ne fait pas partie du cercle familial du patient à opérer, au moins au 2è degrés, explique Tahar Rayan. Ce texte législatif devrait être modifié, listant, de façon explicite, les individus habilités à donner un organe (membre de la famille, conjoint etc.), ce qui encouragerait les procureurs à signer les documents autorisant la transplantation rénale, souvent réticents lorsqu’il s’agit d’un don d’organe du conjoint, estime Pr. Rayan.

… et « problème de mentalité »

Si le don d’organes n’est pas encore démocratisé en Algérie, c’est aussi en raison d’un « problème de mentalité ». Les Algériens demeurent « plus sensibles au discours religieux qu’aux arguments scientifiques », avance le chef de service néphrologie et dialyse et transplantation rénale au CHU Nafissa Hamoud , « or notre religion est incitative. Dans l’Islam, sauver une vie c’est comme sauver toute l’humanité entière ». Les Algériens n’hésitent plus à faire don d’un organe à un membre de leur famille dans le besoin mais, lorsqu’il s’agit d’un don anonyme, ils restent définitivement plus frileux. Il reste encore difficile de convaincre une famille de prélever un organe dans le corps d’un proche en situation de mort encéphalique. Seuls 5 patients algériens en insuffisance rénale ont pu bénéficier d’une greffe de rein, prélevé sur des personnes en situation de mort encéphalique, ces 5 dernières années, précise le Pr. Rayan, qui préconise une campagne nationale de sensibilisation à la transplantation rénale offensive .

Encore faut-il que la volonté politique suive. Pour 2015, le ministère de la Santé avait tablé sur 300 greffes or, trois mois seulement après le début de l’année, les 11 équipes médicales, mobilisées en Algérie, font déjà état d’un retard. « Malheureusement, il y a un retard à cause de problèmes bureaucratiques concernant, par exemple, l’importation de liquide de préservation des organes, qui a été retardée pendant plus de 3 mois », a révélé ce jeudi l’invité de la Chaîne 3. À cela s’ajoute le retard dans l’installation de l’Agence nationale de greffe d’organes et de tissus. Trois ans après sa création légale, en 2012, cette Agence est toujours une coquille vide. « Le ministre de la Santé s’est engagé à nommé un responsable à sa tête en 2015 », révèle Pr. Rayan, qui espère que cet organisme permettra d’encadrer, en Algérie, une « médecine de solidarité ».